V COMME VIE DOC #5.

Vie doc, une fois par semaine, l’actu du doc, les festivals, les événements, les sorties, les surprises…

14 AVRIL 2019

Festival

Palmarès Vision du réel 2019

Sesterce d’or la Mobilière
Meilleur long métrage de la Compétition Internationale
Heimat Is a Space in Time, Thomas Heise

Prix du Jury Région de Nyon
Long métrage le plus innovant de la Compétition Internationale
That Which Does Not Kill , Alexe Poukine

Mention spéciale :When the Persimmons Grew, Hilal Baydarov

Sesterce d’or Canton de Vaud
Meilleur film de la Compétition Internationale Burning Lights
The House, Mali Arun

Prix du Jury Société des Hôteliers de La Côte
Film le plus innovant de la Compétition Internationale Burning Lights

Seven Years in May
Affonso Uchôa

Sesterce d’or SRG SSR
Meilleur film suisse
Looking for the Man With the Camera, Boutheyna Bouslama

Prix du Jury SSA/SUISSIMAGE
Long métrage suisse le plus innovant
Taste of Hope
Laura Coppens

Mention spéciale : Lucky Hours, Martine Deyres

Sesterce d’argent George Reinhart
Meilleur moyen métrage, Jury CIMC
Compañía,  Miguel Hilari

Prix du Jury des Jeunes George Reinhart
Moyen métrage le plus innovant, Jury des Jeunes
God, Christopher Murray, Israel Pimentel et Josefina Buschmann

Mention spéciale Jury CIMC : Camp on the Wind’s Road , Natasha Kharlamova

Sesterce d’argent Fondation Goblet
Meilleur court métrage, Jury CIMC
Akaboum , Manon Vila

Prix du Jury des Jeunes Mémoire Vive
Court métrage le plus innovant, Jury des Jeunes
Akaboum, Manon Vila

Mention spéciale, Jury CIMC, The Outer Space Forest, Victor Missud

Sesterce d’argent Prix du Public Ville de Nyon
Meilleur film de la section Grand Angle
Midnight Traveler , Hassan Fazili, Emelie Mahdavian

Prix IDFA Talent
Invitation à la prochaine édition d’IDFA pour participer à un programme sur mesure au sein de IDFA Industry et à participer à des activités de formation (frais de voyage & de logement couverts)

Mars, Oman Vanessa Del Campo Gatell

Prix Tënk
Achat des droits de diffusion pour un film & résidence de montage

Dead Sea Dying, Katharina Rabl et Rebecca Zehr

Prix Interreligieux
Long métrage de la Compétition Internationale qui met en lumière des questions de sens et d’orientation de la vie
When the Persimmons Grew, Hilal Baydarov

Mention spéciale, Norie, Yuki Kawamura

Prix ZONTA
Une réalisatrice dont l’œuvre révèle une maîtrise et un talent qui appellent un soutien à des créations futures Taste of Hope, Laura Coppens.

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Sesterce d’or Prix Raiffeisen Maître du Réel
Prix à la carrière décerné à

WERNER HERZOG 

Filmographie

  • Meeting Gorbachev (co-réalisé avec André Singer), 2018
    •Into the Inferno, 2017
    • Salt and Fire, 2016
    • Lo and Behold, 2016
    • Queen of the Desert, 2014
    • From One Second to the Next, 2013 On Death Row I + II, 2012/13
    • Into the Abyss – A Tale of Death, a Tale of Life, 2011
    • Die Höhle der vergessenen Träume (La Grotte des rêves perdus), 2010
    • Ode auf den Morgen der Menschheit (Ode to the Dawn of Man), 2010
    • My Son My Son What Have Ye Done (Dans l’œil d’un tueur), 2009
    • La Bohème, 2009
    • Bad Lieutenant – Port Of Call: New Orleans (Bad Lieutenant – Escale à la Nouvelle-Orléans), 2008
    • Encounters at the End of the World, 2007
    • Rescue Dawn, 2006
    • The Wild Blue Yonder, 2005
    • Grizzly Man, 2005
    • The White Diamond, 2004
    • Rad der Zeit (Wheel of Time), 2003
    • Christ and Demons in New Spain, 2002
    • Ten Thousand Years Older, 2001
    • Pilgrimage, 2001
    • Invincible, 2000
    • Gott und die Beladenen (The Lord and the Laden), 1999
    • My Best Fiend, 1999
    • Wings of Hope, 1999
    • Little Dieter Needs to Fly, 1997
    • Tod für fünf Stimmen (Death for Five Voices), 1995
    • Die Verwandlung der Welt in Musik (The Transformation of the World into Music), 1994
    • Glocken aus der Tiefe (Les Cloches des profondeurs), 1993
    Lessons of Darkness, 1992
    • Film Lektionen (Film Lesson), 1991
    • Schrei aus Stein (Scream of Stone), 1991
    • Jag Mandir: Das exzentrische Privattheater des Maharadscha von Udaipur (Jag Mandir), 1991
    • Echos aus einem düsteren Reich (Echos d’un sombre empire), 1990
    • Wodaabe – Die Hirten der Sonne (Wodaabe, les bergers du soleil), 1989
    • Les Gauloises, 1988
    • Cobra Verde, 1987
    • Wo die grünen Ameisen träumen (Le Pays où rêvent les fourmis vertes), 1984
     Gasherbrum – The Dark Glow of the Mountains, 1984
    • Die Ballade vom kleinen Soldaten (La Ballade du petit soldat), 1984
    • Fitzcarraldo, 1982
    • Glaube und Währung – Dr. Gene Scott, Fernsehprediger (God’s Angry Man), 1980
    • Huie’s Sermon, 1980
    • Woyzeck, 1979
    • Nosferatu: Phantom der Nacht (Nosferatu, fantôme de la nuit), 1978
    • La Soufrière, 1977
    • Herz aus Glas (Cœur de verre), 1976
    • Stroszek (La Ballade de Bruno), 1976
    • How Much Wood Would a Woodchuck Chuck, 1976
    • Mit mir will niemand spielen (Personne ne veut jouer avec moi), 1976
    • Jeder für sich und Gott gegen alle (L’Énigme de Kaspar Hauser), 1974
    • The Great Ecstasy of Woodcarver Steiner, 1973
    • Aguirre, der Zorn Gottes (Aguirre, la colère de Dieu), 1972
    • Behinderte Zukunft (Handicapped Future), 1971
    • Land des Schweigens und der Dunkelheit (Pays du silence et de l’obscurité), 1971
    • Auch Zwerge haben klein angefangen (Les Nains aussi ont commencé petit), 1970
    • Fata Morgana, 1970
    • Die fliegenden Ärzte von Ostafrika (The Flying Doctors of East Africa), 1969
    • Maßnahmen gegen Fanatiker (Precautions Against Fanatics), 1969
    • Lebenszeichen (Signes de vie), 1968
    • Letzte Worte (Last Words), 1967
    • Die beispiellose Verteidigung der Festung Deutschkreutz (The Unprecedented Defence of the Fortress Deutschkreutz), 1966
    • Spiel im Sand (Game in the Sand), 1964
    • Herakles, 1962

 

Sorties

Le Grain et l’ivraie , Fernando E. Solanas

Pour Ernestine, Rodolphe Viémont

Godard / Sollers : L’entretien, Jean-Paul Fargier

Love, Cecil (Beaton), Lisa Immordino Vreeland

Upon The Shadow, Nada Mezni Hafaiedh

 

Evenement :

19 Avril

Les Rencontres d’Images documentaires : Andrei Ujica

Organisé par la revue Images documentaires

Centre Pompidou Paris.

Projection
• « L’Autobiographie de Nicolae Ceausescu », réalisation Andrei Ujica, 2010, 180 min

« Trois heures de cinéma condensant les 24 années de pouvoir (1965 à 1989) du Conducator à partir des archives publiques et privées dont le dirigeant roumain a été le commanditaire et le metteur en scène, ou comment l’imagerie officielle finit par se retourner contre son investigateur. Ujica réalise ici un documentaire historique en forme de superproduction romanesque. »

Livre

Varda livre

Agnès Varda : le cinéma et au-delà

Antony Fiant, Roxane Hamary et Eric Thouvenel.

Presses Universitaires de Rennes.

Présentation de l’éditeur :

« Littéraire, fictionnel, documentaire, poétique, politique, court, long, en couleurs, en noir et blanc, le cinéma d’Agnès Varda est de ceux qui incitent aux adjectifs, aux qualificatifs, par amour du mot ou du jeu mais surtout en raison de sa multiplicité et de sa complexité. Depuis 1954, avec près de quarante films, la cinéaste manifeste une liberté créatrice témoignant d’une démarche toujours innovante, d’une volonté d’explorer le cinéma dans toute sa richesse et de lui donner un prolongement par ses récentes installations. Ainsi, dès le début, si La Pointe Courte fut une tentative pré-Nouvelle Vague d’aller à la rencontre de la vie telle qu’elle est, cette intrusion dans le monde réel n’a jamais constitué une fin en soi pour Varda. L’originalité et l’imagination de la cinéaste l’inciteront toujours à dépasser les apparences pour leur préférer sa vérité. Ses films et installations font alors la part belle aux sentiments des protagonistes à travers lesquels elle nous convie à appréhender des univers divers et variés, quels qu’en soient les difficultés ou les drames : celui de Cléo comme en suspens durant une heure et demie d’une attente douloureuse dans Cléo de 5 à 7, celui, utopique et finalement tragique, de François dans Le Bonheur, celui de Mona si réfractaire aux autres dans Sans toit ni loi, celui, forcément cloisonnant, de Quelques veuves de Noirmoutier, celui, ludique et autobiographique, de L’Île et Elle ou bien celui de la France occupée dans son Hommage aux Justes de France. Ce volume est issu d’un colloque international organisé à l’université Rennes 2 en novembre 2007. Il réunit une vingtaine de textes qui mettent en évidence la richesse et la cohérence du cinéma d’Agnès Varda ainsi que ses prolongements et saluent ce parcours unique, d’une liberté jamais démentie. »

D COMME DANSE – Maguy Marin.

Maguy Marin : l’urgence d’agir, David Mambouch, 2019, 108 minutes.

La vie et l’œuvre de Maguy Marin. L’œuvre surtout. Mais la vie aussi. Sans trop s’appesantir toutefois sur sa dimension personnelle. Mais puisque le film est réalisé par le fils de la chorégraphe, c’est bien sa vraie vie qui nous est dévoilée, au-delà des étapes de la carrière publique. Une vie consacrée à la danse, à la création, avec ses hauts et ses bas, ses succès retentissants et les scandales aussi bruyants, lorsque l’incompréhension se transforme en intolérance.

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Le film de David Manbouch pourrait être un film en première personne. Le récit d’une vie de famille. Du moins il commence dans ce registre. Mais il ne poursuit pas vraiment dans cette voie. Le cinéaste commente parfois les images familiales  – de son enfance en particulier – qu’il nous propose. Mais il sait laisser la place –la place principale du film – à sa mère et à son œuvre.

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Les chorégraphies de Maguy Marin échappent systématiquement aux canons habituels de la danse contemporaine tout autant que de la danse classique. Pas de danseurs et danseuses « étoiles », toujours jeunes et dont les corps se caractérisent avant tout par la souplesse. Des corps capables de prouesses techniques tenant parfois de l’acrobatie. La troupe de Maguy Marin a été constituée il y a plus de 35 ans et elle est restée pratiquement toujours la même. En dehors des décès.

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Le film utilise comme fil conducteur la pièce de 1981, May B, une des plus connues de la chorégraphe, écrite en relation avec l’œuvre de Samuel Beckett. L’incipit est d’ailleurs consacré aux longues séances de « maquillage » des acteurs qui enduisent leur visage d’argile. La pièce sera reprise à de multiples occasions, toujours avec cette blancheur des costumes et du décor. Nous en retrouvons des extraits, avec un plaisir grandissant, tout au long du film. Les autres créations de Maguy Marin ne sont bien sûr pas oubliées. Son œuvre est présentée par ordre chronologique. Nous assistons à quelques répétitions mais c’est le plus souvent sur scène qu’elle est donnée à voir. Des entretiens avec les membres principaux de la compagnie Maguy Marin (Ulises Alvarez ou Lia Rodrigues entre autres) concrétisent cette dimension collective si présente dans sa danse. Et puis Maguy elle-même dévoile par petites touches ses convictions politiques, ses espoirs et ses doutes  sa vision de la danse et sa conception du monde. Une expression simple, qui ne cherche pas à théoriser, mais dont la sensibilité est toujours émouvante.

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L’urgence d’agir, un beau titre pour cet hommage de ce fils qui est aussi un élève et un interprète improvisé de May B pour suppléer la blessure du membre de la compagnie. Mais il a su donner une dimension personnelle à son film qui ne reste aucunement enfermé dans l’histoire familiale.

O COMME OUVRIÈRES.

Rêves d’ouvrières, Phuong Thao Tran, France, 2006, 51 minutes.

Elles marchent silencieuses le long de l’autoroute. D’un pas rapide. Sont-elles si pressées ? En retard ? De loin et de dos, elles se ressemblent toutes, avec leurs pantalons foncés, leurs tresses de cheveux noirs ou leurs queues de cheval dans le dos. Le soir, dans les lumières de la ville, elles feront le chemin inverse. Après une journée de travail.

Nous sommes à Hanoï, au Vietnam. Ces femmes, ce sont des paysannes. Elles ont quitté leur village pour venir travailler à la ville. Leur travail, les usines où elles passent leur journée, nous ne les verrons pas. Mais elles nous en parlent. Dans les petites chambres qu’elles partagent à plusieurs ou avec leur mari. Et leurs récits seront des plus instructifs.

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Le film s’ouvre sur une séquence lourde de sens quant à la significatif du cinéma documentaire. Une de ces femmes que nous suivrons dans les entretiens que le réalisateur nous propose lui donne des consignes de filmage. Elle veut bien raconter sa vie, mais pas devant la caméra qui l’intimide. Elle propose donc d’être enregistrée oralement, à charge pour le cinéaste de trouver ensuite les images qui conviendront. Mais les « filmés » peuvent-ils ainsi décider des modalités de réalisation du film. La procédure proposée, basée sur une proximité et une intimité avec le filmeur – « viens t’assoir à côté de moi sur le lit » dit-elle – ne sera pas suivie dans le film, puisqu’elle nous parlera, comme les autres protagonistes du film, face à la caméra, filmée en gros plan. Mais le ton est donné. Nous sommes dans un film intimiste. Qui vise à révéler la vie secrète des ouvrières du Vietnam. Sans prétention sociologique.

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Leur travail en usine, elles en donnent une vision des plus critiques. Les cadences sont infernales et beaucoup, surtout parmi les nouvelles, qui n’arrivent pas à suivre, font des malaises. Elles ont droit alors à un petit quart d’heure de repos à l’infirmerie. Mais sin au bout de ce court répit elles ne sont pas capables de reprendre leur place elles sont purement et simplement renvoyées. On comprend alors que les « manageurs », qui ne sont pas des patrons mais en tiennent lieu, ne sont pas particulièrement tendres et ne font pas de sentiment Apparemment la main d’œuvre ne manque pas.

Nos paysannes-ouvrières évoquent longuement les procédures de recrutement, les tests qu’elles passent lorsqu’elles postulent à un emploi. Les écrits paraissent bien simples à celle qui a fait quelques études – elle s’amuse à laisser voir leur copie aux garçons qui les entourent – et un entretien où elle est bombardée de questions. Rien de bien original !

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Le film nous donne aussi une vision de la ville, l’agitation des rues bondées de gens pressés au milieu des vélos, dans toutes les directions, des klaxons incessant des motos, des quelques voitures et camions qui essaient de se frayer un passage dans la foule. Une ville en développement, dit l’une des personnages. Mais ces filles de la campagne profitent-elles vraiment du progrès qu’il est sensé apporter ?

A COMME AMAZONIE.

El Impenetrable, Daniele Incalcaterra et Fausta Quattrini, Italie, 2012,90 minutes.

Daniele est parti au Paraguay plein d’enthousiasme. Pas pour faire un beau voyage, mais pour accomplir une action qui lui tient à cœur, un beau geste : rendre aux Indiens un terrain de 5000 hectares qu’il a hérité de son père. Ce terrain est perdu dans la forêt amazonienne, plus exactement dans le Chaco paraguayen, une terre encore vierge mais objet de tant de convoitises. D’ailleurs, son père l’avait acheté, sous la dictature, en pensant faire fortune. Il ne s’en est jamais occupé. Daniele non plus. Le rendre aux Indiens sera un acte hautement symbolique, d’autant plus que c’est un excellent moyen de le faire échapper à la déforestation.

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Le film commence comme un road movie. Au volant de son 4X4, Daniele est filmé de profil. Le paysage forestier défile derrière lui. Les travellings avant montrent le sentier emprunté. Il discute avec son ami, Jota, l’ornithologue qui connait parfaitement la faune et la flore de la région et qui a accepté de faire partie de l’aventure. Parfois, on se croirait dans un western, en particulier quand Daniele est arrêté devant un portail cadenassé et qu’un gardien en armes lui interdit le passage. Le film a aussi parfois des allures de thriller, quand Daniele s’évertue de rencontrer ses voisins, ses puissants voisins, en particulier un Uruguayen dont on ne sait que le nom et dont on ne rencontrera que l’avocat. Mais c’est surtout un documentaire précis et rigoureux sur l’avenir de la forêt amazonienne, les agissements des grands propriétaires terriens et la politique du pouvoir en place. Il n’y a que les indiens qui sont absents du film. Et les représentants des compagnies pétrolières. Mais les intérêts économiques qu’elles représentent sont bien réels, eux.

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Parti plein d’illusions, Daniele déchante vite. Il lui faut d’abord localiser le terrain sur une carte. Surtout, il lui faut le trouver dans la forêt et parvenir à y pénétrer, tâche plus ardue qu’il n’y paraît et qui justifie le titre du film. Le beau rêve de rendre la parcelle aux Indiens se révèle vite irréalisable. Une autre personne, « l’uruguayen », possède d’ailleurs un titre de propriété du terrain tout aussi légal que celui de Daniele. Faire un procès à l’organisme officiel qui l’a vendu deux fois est possible, mais ce sera long, compliqué et onéreux. Daniele y renonce. Il lui reste une dernière solution, transformer la parcelle en « réserve naturelle », ce qui correspond mieux à ses idées humanistes. Daniele se retrouve dans le bureau du Président de la République qui signe le décret créant cette réserve nommée Arcadia. Dernier acte, Daniele plante à l’entrée de son terrain un panneau marquant l’existence de la réserve.

El Impenetrable retrace une aventure personnelle, filmée à la première personne. Mais le contexte dans lequel elle s’inscrit, les enjeux économiques et écologiques de la forêt amazonienne, lui confère une portée qui dépasse largement la personne du réalisateur. L’avenir de l’Amazonie nous concerne tous.

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V COMME VIE DOC #4

Vie doc, une fois par semaine, l’actu du doc, les festivals, les événements, les sorties, les surprises…

7 Avril 2019

Festivals :

DU 5 AU 13 AVRIL 2019

Vision du réel. 50° édition

Nyon, Suisse.

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Les chiffres de l’édition 2018 :

+40’000 entrées, 174 films en provenance de 53 pays, 78 premières mondiales, 23 premières internationales, 2 premières européennes, 42 premières suisses, 139 réalisateurs présents.

Visions du Réel rend hommage lors de sa 50e édition à Werner Herzog à qui sera décerné le Sesterce d’or Prix Raiffeisen Maître du Réel.

Le cinéaste donnera une Masterclass

La majeure partie de ses documentaires seront projetés au cours du festival, dont son dernier long métrage, Meeting Gorbachev (co-réalisé avec André Singer).

 

Du 10 au 14 avril 2019

FIDÉ • Festival international du documentaire émergent

Paris

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Séance spéciale : Is it a true story telling ? Clio Simon

Projection suivie de débat avec Jean-Louis Comolli, réalisateur, scénariste et écrivain. « Chère Clio, j’ai vu ton film que je trouve (évidemment) très remarquable et étonnant. La bande-son (qui est là pour que l’on s’y raccroche) est fort belle. Les quelques plans où tu montres des bâtiments, des coursives, etc. sont également très beaux. Je ne dirai rien de plus des longues plages de noir, qui se suffisent à elles-mêmes et dont, si nous nous voyons un jour, je discuterais la pertinence. Que faire de ce l’on ne veut ou ne peut pas montrer ? Du cinéma, par pitié ! Il s’agit toujours un peu de frustrer le spectateur. De lui réapprendre son infirmité au coeur de la puissance illusoire du « voir ». Ta logique est donc juste. J’espère qu’on en reparlera. Très amicalement, je t’embrasse. JL Comolli »

Sorties :

J’veux du soleil de François Ruffin, Gilles Perret

Une jolie vallée de Gaël Lépingle

Rembrandt de Kat Mansoor

Météors de Gürcan Keltek

Les arbres remarquables, un patrimoine à protéger de Jean-Pierre Duval, Caroline Breton

 

 Livre

geste politique

Qu’est-ce qu’un geste politique au cinéma ?

de Sylvie Rollet (Auteur), Marie Martin (Auteur), Véronique Campan (Auteur)

PUR (Presses universitaires de Rennes), 2019.

Présentation de l’éditeur :

« L’attention portée aux gestes confirme le tournant anthropologique que connaissent depuis quelques années les études cinématographiques. Le geste filmé, le geste de filmer, le geste de recevoir un film et de lui répondre sont les vecteurs d’une expérience partagée : repris, détaillé, le geste filmé s’offre comme réalité sensible et adresse à l’autre. Loin de toute assignation de sens comme de toute obligation de résultat, le geste s’impose ainsi, selon Agamben qui est le fil rouge de ce volume, comme l’une des dernières formes d’expression du politique. L’expérience du film rendrait ainsi possible une nouvelle définition de l’être-ensemble qui constitue le politique : un passage de relais où personne filmée, cinéaste, spectateur, tour à tour s’exposent et (se) regardent. Les textes de ce volume cernent les points de tension où s’impose, dans l’éclat et l’éclair d’un geste, cette dimension politique, entre emprise et émancipation, action militante et mise en scène de soi. C’est surtout dans les formes libres du film-essai ou du documentaire de création, de Pasolini à Godard, de Kiarostami à Kawase, de Farocki à Wang Bing et de ´ilnik à Klotz et Perceval que s’illustrent ces oscillations. Les contributions de trois cinéastes passeurs, Xavier Christiaens, Sylvain George et Sothean Nhieim, perpétuent le geste politique dont est ici proposée l’analyse. »

V COMME VARDA – Documentaire / fiction.

         Dès son premier film, Agnès Varda affirme sa volonté de ne pas rester enfermée dans les clivages et oppositions habituelles du cinéma. Il n’y a pas d’un côté le documentaire et de l’autre la fiction. Documentaire et fiction sont pour elle deux moyens de faire du cinéma, deux moyens qui ont tout à gagner à se rencontrer, chacun pouvant s’enrichir des apports de l’autre. Ainsi la fiction peut trouver dans des pratiques habituellement réservées au documentaire l’occasion de renouveler, de diversifier, ses modalités de présentation et de construction du récit, ce que mettra en application de façon particulièrement efficace Sans toit ni loi.

         C’est ce que fait à sa manière La Pointe courte, son premier film (1954). Ce film est construit autour de deux lignes narratives distinctes qui se développent de façon alternée et dont le point de rencontre est constitué par le lieu où se déroule le film, la Pointe courte, cette avancée de terre dans la mer le long d’un canal à Sète. Le premier récit est une histoire d’amour, celle d’un couple qui, après quatre ans de mariage, s’interroge sur son avenir. Lui est né à la Pointe courte. Elle est parisienne. Il arrive en vacances dans ce lieu qu’il connaît bien et dans lequel il éprouve calme et sérénité. Elle le rejoint cinq jours après pour lui annoncer son intention de le quitter. Pendant les quelques jours de leur séjour, ils vont visiter les lieux, se promener le long du canal, sur la plage, dans le chantier naval, découvrant des bâtiments en ruine ou un vieux bateaux abandonné. Et surtout, ils vont parler d’eux, de leur vie commune, de leur amour, de leur avenir. Varda les filme souvent en gros plans, deux visages l’un à côté de l’autre ou l’un derrière l’autre. Deux visages dont se dégagent une grande sensibilité et beaucoup de poésie.

La deuxième « partie » du film, étroitement entremêlée à la précédente, n’est pas tournée avec des acteurs, mais avec les habitants de la Pointe courte. Varda filme leur vie, leurs activités quotidiennes, leurs problèmes et leurs fêtes. Ils jouent leur propre rôle, comme Flaherty l’avait fait faire à Nanouk et Rouquier aux habitants de Farrebique. La caméra entre dans l’intimité des familles, capte les conflits de génération, les moments de grande douleur (la mort d’un enfant), les difficultés professionnelles à travers l’enquête des services de santé et de surveillance de la pêche aux coquillages dans les étangs. La fête aussi à travers une séquence consacrée aux joutes sétoises et à la soirée de bal qui s’ensuit. Tout cela pouvait très bien donner naissance à un documentaire à part entière. Les thèmes sont suffisamment forts. Et le filmage, relativement concis pouvait avoir plus d’ampleur. Ce n’est pas le choix qu’a fait Agnès Varda. Elle a préféré renouveler à la fois la fiction et le documentaire. Ce qu’elle fait en introduisant de subtiles relations entre les deux parties de son film. En apparence, tout sépare les habitants de la Pointe courte et les deux Parisiens en vacances. Ils ont des préoccupations autrement plus importantes que les aléas de l’amour dans un couple et celui-ci ne semble pas vraiment être concerné par ces problèmes. Mais le film multiplie des allusions d’un axe à l’autre. L’histoire d’amour n’a de sens que parce qu’elle est filmée à la Pointe courte. La séquence des joutes auxquelles le couple assiste en spectateur est particulièrement significative à ce sujet. Lui s’intéresse à un spectacle dont il connaît toutes les règles. Elle n’hésite pas à quitter sa place pour aller chercher des glaces. Il lui avouera plus tard qu’il a cru à ce moment-là qu’elle était définitivement partie. Mais non, elle revient, et ce retour signifie qu’elle poursuivra la vie commune. La vie continue, quoiqu’il arrive à chacun, jusqu’à la condamnation à cinq jours de prison d’un des pécheurs pris en infraction. Telle est la « leçon » que délivre le film. Et c’est pour cela que fiction et documentaire, ici, ne font qu’un seul et même film.

         La correspondance fiction-documentaire prend une autre forme avec les deux films « jumeaux »tournés en même temps en 1982 à Los Angeles, Mur Murs et Documenteur. Le premier est un documentaire et le second une fiction. Du moins ils se donnent explicitement comme tels. Pour le premier, pas de problème. Sa forme respecte une dimension documentaire classique puisqu’il s’agit de partir à la recherche des murals, ces murs peints ancêtres du Street art actuel qui fleurissent sur les murs de Los Angeles et de les filmer accompagnés en off d’un commentaire. Pour Documenteur, les choses sont plus complexes, comme le laisse entendre le titre. L’histoire qui nous est racontée et qui est « jouée » par des acteurs, peut être considérée comme celle que vit la cinéaste au moment de la réalisation du film. Elle est seule avec son enfant à Los Angeles, son compagnon étant resté à Paris. Le côté autobiographique de cette relation mère-fils est inscrit explicitement dans le film dans la mesure où le rôle de l’enfant est tenu par le propre fils d’Agnès Varda, Mathieu Demy alors âgé de 9 ans. A cette implication personnelle, qu’on retrouve sous bien d’autres formes dans les films de Varda, il faut ajouter la présence de plans repris de Mur Murs. Documenteur prend ainsi une dimension non fictionnelle supplémentaire, le film devenant une exploration de la ville californienne vue par une française presque en « exil ». Los Angeles si triste… Ce qui ne peut qu’accroitre la séduction que peut exercer le récit sur le spectateur.

         Mais l’expression la plus parfaite de la volonté de la cinéaste de mettre les procédés du documentaire au service de la fiction se trouve dans Sans toit ni loi (1985). « Procédés » ici ne doit pas être pris dans un sens péjoratif. Disons qu’il s’agit plus précisément de moyens d’expression spécifiques, qui donc ne sont pas – ou alors de façon exceptionnelle – utilisés en dehors de leur domaine courant. Les cinéastes hésitent le plus souvent à bousculer les habitudes du public et la facilité des classifications strictes. Ce n’est pas le cas d’Agnès Varda.

Sans toit ni loi se présente comme une enquête, ce qui déjà est une façon de brouiller les pistes. Le film part de la découverte d’une jeune fille, Mona, retrouvée morte de froid dans un fossé. Qui est-elle ? Comment en est-elle arrivée à cette fin tragique ? Que pouvons-nous savoir de sa courte vie ? Le film est alors un grand feed back partant sur les traces de l’itinéraire de Mona. Où est-elle allée dans cet hiver provençal glacial ? Qui a-t-elle rencontré ? Ce sont justement ces rencontres que la cinéaste effectue à son tour, exactement comme elle le fera plus tard dans la recherche de ceux qui pratiquent une forme de glanage. Ces rencontres Les rencontres de la cinéaste qui retrace l’itinéraire de Mona en feed-back se concrétisent de façon tout à fait naturelle par une interview les mettant face à la caméra. Le film suit alors l’ordre chronologique du vécu de Mona dans les pérégrinations qui ont jalonné son dernier hiver. Le recours à cette pratique habituellement réservée au documentaire a pour principal résultat de vider le film de tout pathos. Si émotion il y a – il n’est certes pas question de la supprimer – c’est celle, dans le film, des dernières rencontres de Mona. Le spectateur lui, est tenu à distance du côté tragique du récit. Il n’appréhende le vécu de Mona que par l’intermédiaire de la parole des personnes interviewées. Ce détour favorise la réflexion plutôt que l’identification pure et simple. Le film ne vise pas seulement à présenter un personnage et à construire un récit sur sa vie et sa mort. Le recours à la forme documentaire insiste sur la nécessité qu’il y a, pour le spectateur, à essayer de comprendre, à tout faire pour analyser les données qui sont mises à sa disposition. Par là, Sans toit ni loi est une réflexion sur la place que le cinéma peut attribuer au spectateur.

G COMME GROTTE

La Grotte des rêves perdus, Werner Herzog, Etats-Unis-France-Allemagne-Royaume-Uni, 2010, 90 minutes.

L’intérêt majeur de ce film est de nous proposer une visite unique de la grotte Chauvet en Ardèche, grotte où furent découvertes en 1994 les peintures rupestres les plus anciennes du monde puisqu’elles datent de plus de 30 000 ans. Le film est, et restera sans doute, le seul moyen pour le plus grand nombre de visiter cette grotte puisqu’elle est fermée au public pour éviter les problèmes de conservations connus à Lascaux. Protéger ce trésor de l’humanité est un impératif qui ne peut tolérer aucune entorse. Le cinéma reste alors le meilleur moyen pour en fabriquer une mémoire visuelle pouvant satisfaire les plus exigeants, au niveau artistique et scientifique.

La première partie du film de Werner Herzog est une véritable expédition pour l’équipe de tournage et le film vise à y faire participer le spectateur. L’entrée dans la grotte est un véritable choc émotionnel pour ceux qui ont la chance de l’effectuer dans la réalité. Cela se ressent sur l’écran. L’usage de la 3D va dans ce sens. Son utilisation (une découverte pour le cinéaste) est tout à fait adéquate au propos. Etre face à ces peintures dans le contexte où elles ont été réalisées est une expérience esthétique unique. La qualité des images en relief ne peut que contribuer à cette expérience et vise à faire oublier (pas tout à fait quand même) que nous sommes dans une salle de cinéma.

Le film est donc d’abord un enregistrement visuel des peintures à l’usage du grand public et des générations futures. Mais il ne se limite pas à cela. Sa seconde partie s’oriente vers le didactique en donnant la parole aux spécialistes, historiens et préhistoriens, qui resituent la découverte de la grotte dans son contexte et font émerger l’intérêt fondamental de ces peintures pour l’humanité. Pourtant, ces propos qui se veulent empreints de rigueur scientifique ne restent pas jusqu’à la fin du film dans ce registre. Certains des intervenants n’hésitent pas à se lancer dans des considérations quelque peu mystiques. On peut sans doute trouver là l’influence du cinéaste, tant son œuvre passée, surtout fictionnelle, semble étrangère à la pensée scientifique.

Georges Bataille avait parlé à propos de la grotte de Lascaux de l’origine de l’art. La découverte de la grotte Chauvet repousse cette origine dans le temps. Les images 3D du film de Werner Herzog ne peuvent que provoquer un plus grand vertige encore à l’évocation de cette nuit des temps dont nous sommes issus.