A COMME ABECEDAIRE – Sophie Brédier.

Son origine coréenne et son adoption, enfant, en France, restent très présentes dans son cinéma.

Adoption

La Tête de mes parents

Corps étranger

Séparées

Nos traces silencieuses

Amour

La Tête de mes parents

Asie

Femmes asiatiques, femmes fantasmes

Auschwitz

Élie et Nous

Autobiographie

Corps étranger

Séparées

Nos traces silencieuses

Chirurgie plastique

Mon beau miroir

Cinéma

Femmes asiatiques, femmes fantasmes

Corée

Séparées

Nos traces silencieuses

Corps

Élie et Nous

Culture

Corps étranger

Nos traces silencieuses

Déportation

Élie et Nous

Enfance

La Tête de mes parents

Famille

Nous, les filles-mères

La Tête de mes parents

Corps étranger

Séparées

Nos traces silencieuses

Femme

Nous, les filles-mères

Maternité secrète

Femmes asiatiques, femmes fantasmes

Nos traces silencieuses

Histoire

Nous, les filles-mères

Hôpital

Mon beau miroir

Images

Femmes asiatiques, femmes fantasmes

Maisons maternelles

Nous, les filles-mères

Maternité secrète

Maternité

Nous, les filles-mères

Maternité secrète

Corps étranger

Médecine

Mon beau miroir

Normandie

Maternité secrète

Opération

Mon beau miroir

Portrait

Corps étranger

Nos traces silencieuses

Tatouage

Élie et Nous

Violence

Maternité secrète

M COMME MIROIR.

Le peuple des miroirs. Clément Safra, 2020, 65 minutes.

Le peuple cambodgien, un peuple meurtri à jamais par le génocide qui l’a décimé. Peut-on le filmer sans que sa présence – plus que son souvenir – ne s’inscrive, d’une façon ou d’une autre dans les images ? Même pour un jeune cinéaste français appartenant à une génération qui n’a pas connu le génocide dans son actualité. Clément Safra n’est pas allé au Cambodge pour filmer les traces, ou la mémoire, du génocide. Mais il l’a rencontré. Et ce n’est pas un simple clin d’œil, ou une concession à une quelconque bonne – ou mauvaise – conscience, si son film se termine par deux images du génocide, deux images faites pour ne pas oublier. Deux images faites pour invalider à l’avance toute tentative de négationnisme. Deux images qui inscrivent toutes celles qui ont précédé, le film dans sa totalité, dans une dimension historique. Les légendes aussi ne peuvent échapper à l’Histoire.

Clément Safra est allé au Cambodge pour filmer une légende. La légende des miroirs. Elle est présentée simplement par un texte qui s’inscrit sur l’écran. Ce sont les seules « paroles » du film. Car le cinéaste a choisi d’exclure la parole de son film. De ne pas parler et de ne pas faire parler les cambodgiens qu’il rencontre. Sans pour autant faire un film muet. La musique – surtout dans des scènes de danse – et les bruitages, sans oublier le champ des oiseaux, sont bien présents et donnent toujours une grande consistance aux images. Mais ce sont les images qui font un film. Cette évidence n’a jamais été claire que dans le film de Safra. Une force donc, percutante. Une prégnance, indépassable.

Les miroirs ? Peut-on les traverser ? Qu’est-ce qu’il y a de l’autre côté ? Les références affluent. Cette chanson enfantine par exemple : « le petit singe dans la glace ». Et Lacan, entre autres. Au Cambodge, ils ont partie liée avec des monstres.

Si le miroir est un stade important dans la construction du moi, ce n’est pas une individualité que filme Safra, ou alors c’est l’individualité d’un peuple. Le film cherche-t-il à appréhender l’âme du peuple cambodgien ? On peut alors se demander de quel côté du miroir se situe les images du film. Le « réel » ou son reflet ? Les images ne sont-elles que des illusions, évanescentes ? Disparaissent-elles dès qu’on ne regarde plus le miroir. Le recours aux manipulations numériques que propose le film peut nous laisser penser que plus rien n’est réel. Ou que le réel ne peut pas ne pas être suspect, ou sujet à suspicion, ou du moins être questionné sur son épaisseur, sa consistance. Et si des monstres peuvent sortir des miroirs c’est parce qu’ils peuplent notre imaginaire, c’est parce qu’ils sont profondément ancrés en nous.

Nous savons cependant parfaitement les laisser derrière le miroir, ou les y refouler. Le film de Clément Safra n’est pas un film fantastique. Il se situe plutôt du côté du merveilleux. Il ne nous interdit pas de nous abandonner au plaisir des images. Bien au contraire.

A COMME ABECEDAIRE – Céline Dréan.

Alger

Dans les murs de la Casbah

Amitié

Pascaline et Klara, étudiantes cherchent avenir

La Mémoire d’Alan

Bande dessinée

Le Veilleur

La Mémoire d’Alan

Cambodge

Le Veilleur

Chevaux

L’Hippodrome

Courses

L’Hippodrome

Etudes

Pascaline et Klara, étudiantes cherchent avenir

Exil

Le Veilleur

Famille

Pascaline et Klara, étudiantes cherchent avenir

Guerre

La Mémoire d’Alan

Histoire

La Mémoire d’Alan

Jeu

L’Hippodrome

Mémoire

Dans les murs de la Casbah

Le Veilleur

Mythe

Dans les murs de la Casbah

Nuit

Le Veilleur

Portrait

Pascaline et Klara, étudiantes cherchent avenir

Rennes

Pascaline et Klara, étudiantes cherchent avenir

Sport

L’Hippodrome

Université

Pascaline et Klara, étudiantes cherchent avenir

Ville

Dans les murs de la Casbah

Vincennes

L’Hippodrome

A COMME ACCORDÉON.

De vin, de poésie ou de vertu. Margot  Dupuis, 2020, 87 minutes.

Si vous aimez l’accordéon, ce film est pour vous. Si vous aimez la musique, toute les musiques, aussi. Si vous pratiquez l’instrument. Si vous l’écoutez le plus souvent possible et si votre discothèque regorge des enregistrements qui lui sont consacrés, vous serez quand même surpris – et conquis – par la créativité, la virtuosité, l’entrain et le dynamisme, des musiciens réunis pour célébrer cette musique d’un instrument souvent dévalorisé (le « piano du pauvre ») et lui donner des lettres de noblesse qu’il n’y a aucune raison de lui refuser.

Régulièrement, tous les ans en fait, ils sont un petit groupe – une bonne vingtaine – à se retrouver pour un week end prolongé de musique dans une grande maison, une chartreuse campagnarde, et s’adonner à leur passion. Un groupe d’ami.e.s, où tous se connaissent parfaitement, et qui savent célébrer leur retrouvaille comme il se doit. Leur retrouvaille et leur amitié. Car c’est surtout de cela qu’il s’agit, passer ensemble des moments de grande convivialité où la musique tisse entre eux des liens que l’on sent indestructibles.

Car l’accordéon, c’est leur passion commune et ils font tout pour nous entrainer avec eux. Plutôt que de s’arrêter sur des prouesses en solo, la cinéaste multiplie les moments collectifs, ceux où l’on sent que le groupe procure à chacun des sensations inédites. Où chacun vibre à l’unisson avec tous les autres et le spectateur que nous sommes finit par vibrer avec eux, surtout si devant l’écran nous avons la possibilité, comme eux, de siroter quelques verres de bon vin.

Car ces élans musicaux sont aussi des moments de festivités culinaires bien arrosés. Dans ces conditions, la nuit n’a pas de fin, et s’il faut dormir un peu, c’est le moins possible, surtout si dans les chambres des dames il faut profiter du peu de répit laissé par la musique pour se livrer à quelques confidences sur sa vie.

Le film de Margot Dupuis mérite parfaitement d’être placé par son titre sous l’autorité de Baudelaire. La poésie de la musique y est visiblement partagée par la cinéaste, qui doit bien elle aussi, quand elle pose sa caméra, jouer avec tous les autres de l’accordéon.

P COMME PAYSAGES.

Three landscapes. Peter Hutton, Etats Unis, 2013, 47 minutes.

Un film sans son. Entièrement silencieux. Sans voix, sans musique, sans bruitage. Même pas le bruit du vent dans les arbres ou les hautes herbes que l’on voit pourtant bouger. Un film d’images à voir donc, à admirer, à contempler peut-être. Sans être perturbé, ou diverti. Sans diversion, sans digression possible. Des images, que des images.

Trois paysages différents. Sans point commun apparent. Pour lesquels on peut faire des rapprochements, des comparaisons, des confrontations. Le vert des cultures versus le jaune du désert. Les hommes versus les machines ou les dromadaires. La terre (désertique ou cultivée) par rapport au ciel. Des paysages pleins contrastant avec un espace vide.

 Mais ces images, on peut aussi les voir pour elles-mêmes. Simplement comme des images de cinéma. Et ce serait alors comprendre ce film comme étant un rappel d’une évidence première. Le cinéma c’est d’abord l’image, l’image muette, en mouvement sans doute, mais aussi des images temps (Deleuze). Ici des images qui ne sont même pas belles, qui ne cherchent pas à faire joli. Qui ne sont qu’un cadrage d’un espace, c’est-à-dire un choix de ce que le cinéaste veut faire voir, éliminant tout le reste.

Ainsi pour le paysage d’usines, ou de fragments d’usines, plus ou moins désaffectées, des restes de l’industrie. Des plans fixes ou où il y a très peu de mouvement. Les cheminées crachent leurs fumées. Mais elles se confondent presque avec le gris du ciel. Sauf quelques volutes blanches, qui dérivent de droite à gauche de l’écran, cachant presque par moment les cheminées. Un flot ininterrompu. Qui pourrait durer l’éternité. Si ce n’était, l’apparition d’un être humain, un homme, comme suspendu dans les airs, montant sur ce qui n’est pas une échelle, une rampe plutôt sur laquelle il doit bien y avoir des marches, mais elles ne sont pas visibles. Il progresse de gauche à droite sur ce plan incliné pour disparaître dans l’hors-champ droit. Il est alors remplacé par un autre homme à gauche, mais qui ne reste pas longtemps dans le champ puisqu’il retourne dans le hors-champ gauche d’où il venait. Un troisième homme est alors filmé au milieu de la rampe – la rampe supérieure, car en fait il y a deux rampes, la seconde, n’étant à aucun moment parcouru par un être humain en mouvement. Il progresse vers la gauche déplaçant un objet qu’on peut penser être un saut. Il fait des poses à intervalles réguliers, accomplissant une action non identifiable, avant de disparaître à droite. On restera alors longtemps sur les deux rampes vides suspendues dans le ciel.

Deuxième paysage : la campagne, les champs ou plutôt des prairies. Le ballet des tracteurs qui retournent le foin coupé. Ici les machines dominent comme cette énorme bouche qui vomit des meules de foin.

Enfin le Désert. Le sol en premier plan, aride, rocailleux. Et en arrière-plan, les hommes et les dromadaires d’une caravanes à l’arrêt. Un zoom avant nous permet de nous rapprocher de cette vie. Puis des plans isolent des hommes au travail, découpant des plaques de sel.

Décidément les paysages sont des ressources inépuisables pour le cinéma. Surtout s’ils mettent en valeur le travail des hommes.

P COMME PRESENTATION D’UN FILM – Un moment sans retour de Raymond Macherel


Le projet
UN MOMENT SANS RETOUR est un long-métrage documentaire pour le cinéma. Une plongée à l’intérieur de ce grand mouvement de révolte populaire : les Gilets Jaunes ! C’est l’histoire d’un groupe de Gilets Jaunes en Bretagne, du côté de Rennes. Une histoire pleine de soubresauts et de révélations. Ils ne se connaissaient pas la veille, ils avancent ensemble au-delà de ce qu’ils croyaient possible. Un film qui a pour ambition d’embarquer les spectateurs dans l’intimité et la lumière explosive d’un événement historique en train de s’écrire.

Comment l’aventure du film a commencé…
Samedi 8 décembre 2018 à Paris, Acte IV du mouvement. Raymond Macherel filme ses premières images devant la gare Saint-Lazare : « Si vous voulez rester en vie, vous rentrez chez vous ! » La menace du CRS s’adresse à un photographe indépendant qui voulait simplement récupérer le casque qu’on lui avait confisqué. La séquence postée sur Facebook fera plus de 3 millions de vues et sera partagée plus de 100 000 fois :
https://www.facebook.com/100002734044446/posts/1611823448918774
Mais l’aventure du film commence vraiment deux semaines plus tard en périphérie de Rennes. Grâce à un ami sur place, le cinéaste entre en contact avec un groupe de Gilets Jaunes particulièrement actifs qui se font appeler les « Lapins Jaunes ». Ils viennent d’investir un bâtiment à l’abandon pour lui redonner vie et en faire le quartier général de leur combat. Il leur explique ce qu’il veut faire, à la fois un document pour l’histoire et un film sur les coulisses du mouvement. Dans les premiers temps, ils sont un peu méfiants envers ce Parisien qui débarque. Pourtant, dès le premier jour, ils acceptent qu’il les filme.


Le synopsis
A l’automne 2018, le ciel se charge d’une lumière explosive. Des femmes et des hommes ont décidé de se rendre visibles à la surface des eaux de la mondialisation. Du côté de Rennes, Gaëtan, Sandrine, Patrick et les autres viennent d’investir un entrepôt à l’abandon, grande embarcation qu’ils retapent pour la rendre opérationnelle. Ils la baptisent au fronton : « Maison citoyenne – Gilets Jaunes ». Ils sont bien décidés, contre vents et marées, à faire plier ce pouvoir qui les regarde d’en haut. De puissants courants les agitent. Des courants contraires, venus des profondeurs tourbillonnantes de la gauche, de la droite, des extrêmes comme de l’abstention. Cela traverse les gestes, les paroles, les espoirs, les votes, depuis si longtemps. Des idées de révolution ressurgissent dans les têtes. On dirait que tout remonte à la surface. Dans le pays entier, les éléments se déchaînent. L’armada du pouvoir, d’abord désorientée, est envoyée pour frapper et contenir. Le ciel est saturé de grandes manœuvres et de gaz lacrymogènes. Des membres du groupe sont blessés, Gaëtan interpellé. La Maison citoyenne est en ébullition. On vit au rythme des vidéos qui circulent de portable en portable et des tensions qui s’accumulent, au-dehors comme au-dedans. Tout un charivari de sentiments éclate à mesure que les flots s’ouvrent et se ferment. On est frappé par la détermination des corps et des esprits engagés dans la bataille. Comme tant d’autres, ce groupe de Gilets Jaunes refuse de se laisser submerger. Il faut tenir ensemble, on s’est mis en mouvement, on avance. Mais l’horizon est encore lointain.


Les intentions du réalisateur
Les Gilets Jaunes ont ouvert une page dans l’histoire du pays et l’on pressent qu’ils annoncent des bouleversements encore devant nous. On n’avait pas connu en France un soulèvement d’une telle puissance depuis Mai 68. Depuis longtemps, je désirais vivre un tel événement, m’engager et filmer l’histoire en train de se faire. Moins pour documenter des affrontements spectaculaires que pour tenter de saisir ce qui se passe dans la tête des combattants. UN MOMENT SANS RETOUR a pour ambition de constituer un document d’histoire vive, d’histoire à chaud. Qui témoigne de ce qui s’est passé au sein d’un groupe de Gilets Jaunes en Bretagne au cours des mois de décembre, janvier et février 2018-2019. Je voudrais rendre sensible ce moment vivant du soulèvement, de la force collective, de l’impureté aussi, et des espérances. Le film placera les spectateurs sur un chemin de crête, au cœur d’une période dont on ne sait de quel côté elle pourrait basculer. Il permettra de suivre l’évolution d’un groupe de femmes et d’hommes engagés pour la première fois dans une dynamique de révolte. On découvrira des personnages forts et déterminés, aux caractères parfois antagonistes, qui essayent de cheminer ensemble. Plutôt que d’orienter la parole des protagonistes par des interviews et d’imposer au spectateur une voix-off surplombante, j’ai choisi de construire un récit immersif. Prendre le temps de la rencontre, scruter les visages, l’engagement des corps au fil des semaines. Raconter comment s’invente un collectif avec ses audaces et ses obstacles. Mais aussi, dans des situations en apparence plus banales, plus intimes, laisser affleurer ce qui ne peut être dit, laisser du temps à ce que l’on cherche encore. « Nous sommes tous des femmes et des hommes politiques », comme on a pu lire au dos d’un gilet jaune. Nous sommes toutes et tous traversés par la politique. Et si tout est politique, cela est vrai aussi de la décision de faire un film, du choix de son sujet, du point de vue que l’on adopte. Le film suit l’évolution de ce travail souterrain de la politique dans les têtes. Dans ce groupe de Gilets Jaunes bretons, les contradictions politiques ne se disent pas entièrement. Les votes passés sont laissés à distance, la frontière entre droite et gauche n’est pas tranchée. On souhaite vivre mieux, retrouver du commun, imaginer une démocratie plus vivante et même une nouvelle Constitution. A mesure que le mouvement et le film avancent, ces espoirs animent les discussions et portent le groupe au-delà de ce dont chacun se croyait capable. Car que ferait-on au lendemain de la destitution du président Macron ?
UN MOMENT SANS RETOUR est un film qui croit en la puissance du cinéma comme dispositif capable de nous faire entrevoir ce que l’on ne soupçonne pas au moment où on le filme. Je filme avec le souci de laisser les spectateurs libres d’interpréter où en sont les uns et les autres, et comment des chemins s’ouvrent, ou pas, au-delà de ce qui nous détermine et nous influence. Il serait possible que les inquiétudes et les intuitions des Gilets Jaunes nous regardent, nous traversent, nous toutes et tous qui cherchons à reprendre la main sur le cours des choses. Car l’histoire des Gilets Jaunes, ce moment d’intelligence collective, de courage, de risques, de révélations, c’est aussi notre histoire.

La Maison citoyenne
L’aventure du film se déroule dans la Maison citoyenne, principal lieu du tournage. Nous sommes en périphérie de Rennes, sur la commune de Saint-Grégoire, dans une zone industrielle proche de l’immense centre commercial « Grand Quartier ». Le bâtiment n’a rien d’attrayant, c’est une longue bâtisse de tôle, au toit plat, avec une baie vitrée sur le devant, qui devait accueillir un magasin de pièces automobiles ou un garage. Un lieu qui va reprendre vie grâce aux Gilets Jaunes ! Pour le groupe, c’est d’abord un refuge. Un abri en dur après les premières semaines passées entre cabanons et palettes sur les ronds-points. Le bâtiment a été rendu opérationnel en quelques jours : on l’a nettoyé, on a rebranché l’eau, l’électricité, réparé ce qui devait l’être. On l’a meublé avec ce que chacun a pu rapporter de chez soi ou ce que des sympathisants du mouvement sont venus donner. Il y a des chambres, une cuisine. La grande salle peut accueillir trois cents personnes debout, de quoi voir venir. Le groupe se prépare à vivre là, à y organiser la lutte. À y passer le temps qu’il faudra.
La Maison citoyenne est aussi un poste de combat. Elle a été choisie pour ses qualités stratégiques : à la fois isolée dans une zone inhabitée et facilement accessible en voiture par la rocade rennaise. Dans UN MOMENT SANS RETOUR c’est tantôt une salle des machines en ébullition où l’on refait le monde, tantôt un camp retranché où la vie de famille s’épanouit ou s’électrise. À mesure que le film avance, on la repeint, on reconfigure les espaces, on améliore l’ordinaire. Jusque-là, on était chacun chez soi. Depuis le début du mouvement, du commun se fabrique, s’invente au jour le jour, et se projette dans l’avenir.


Les territoires filmés
Le film se passe en grande partie dans la Maison citoyenne à Saint-Grégoire, mais n’est pas pour autant un huis-clos. Différents territoires sont traversés qui vont s’élargissant. Rennes et les alentours en Ille-et-Vilaine, la région Bretagne ensuite. À Saint-Malo lors du blocage de la gare maritime et devant le commissariat barricadé de la ville. À Saint-Brieuc lors d’un rassemblement en hommage aux morts du mouvement. À Quimper pour une prise de parole en public. Et sur la route de Morlaix que l’on n’atteindra jamais. Et puis il y a Paris où le groupe ne se rend pas mais dont on parle samedi après samedi. Paris d’où parle Emmanuel Macron le 10 décembre 2018 sur l’écran de télévision d’un bar. Paris à travers des scènes de manifestations et de violences policières que des membres du groupe regardent sur leurs téléphones portables : au pied du ministère de Bercy, à proximité de l’Arc-de-Triomphe, devant l’Assemblée nationale. Et soudain, rebondissement à l’initiative du personnage de Gaëtan qui a décidé d’entreprendre un « Tour de France », le film se déplace sur des territoires inattendus : l’Alsace, la ville de Commercy dans la Meuse, les routes de Meurthe-et-Moselle, du Nord, et même jusqu’en Belgique.

Quelques personnages du film
GAËTAN
, 33 ans.
Gaëtan est un des porte-parole des « Lapins Jaunes », avec Patrick. Ancien militaire, il a quitté l’armée après avoir servi en Côte-d’Ivoire. Devenu artisan du bâtiment, il s’est spécialisé dans la construction de maisons en bois bio-climatiques. La très forte personnalité de Gaëtan polarise la vie du groupe. On reconnaît avoir besoin d’un leader qui prend des initiatives, qui ose aller à l’affrontement et, surtout, qui parle avec les mots de tout le monde. Mais on critique sa façon de se mettre en avant, de ne pas écouter. Un personnage qui se distingue aussi par son « génie » propre, sa liberté de ton, son phrasé. « L’histoire est en train de se tourner « , dira-t-il.
SANDRINE, 35 ans
Sandrine est une ancienne commerciale devenue cariste, intérimaire dans des entreprises de l’agroalimentaire. Elle est mère d’une adolescente qu’elle élève seule dans un petit bourg en périphérie de Rennes. C’est un personnage qui écoute beaucoup et qui à l’occasion ne manque pas de franc-parler. « Remettre l’église au milieu du village, et ben vas-y, parle des morts et des blessés ! », dira-t-elle en écoutant sur son portable une interview du ministre de l’intérieur Christophe Castaner par Rémy Buisine. Elle va peu à peu prendre de l’importance dans le groupe jusqu’à devenir elle aussi porte-parole.
« Dans six mois, tu ne te reconnaîtras plus », lui confiera Patrick qui a l’expérience.
PATRICK, 68 ans
Patrick est l’autre porte-parole du groupe. Retraité, ancien militant socialiste, il fut délégué fédéral aux entreprises du PS d’Ille-et-Vilaine. Il travaillait dans les services techniques à la mairie de Rennes du temps de l’ancien maire Edmond Hervé. C’est par son club de motards qu’il a eu vent de l’appel du 17 novembre. Dans le groupe, il fait figure de sage, on s’appuie sur son expérience politique, mais on lui reproche un petit côté professoral. Il voudrait placer l’action des Gilets Jaunes « dans la perspective de la victoire finale ».
RAYMONDE, 68 ans
Raymonde est retraitée et vit avec une toute petite pension. Tout le monde dans le groupe l’appelle « Mamie ». Elle a passé une partie de son enfance en Algérie avant la guerre d’indépendance. Elle se souvient de Mai 68 à Rennes et n’avait plus jamais manifesté depuis. « Quarante ans que j’attendais que ça pète ! » s’exclamera-t-elle. À la Maison citoyenne, son « QG », elle est devenue cheffe de famille : elle cuisine, gère les sous, veille à l’ordre et à la propreté, poussant des coups de gueule parfois contre le laisser-aller des plus jeunes.
FRANCK, 31 ans
Franck est célibataire, employé dans une entreprise de nettoyage où il vient d’être promu chef d’équipe. Il remet en état des locaux et des logements à la suite de sinistres. Comme beaucoup, après le travail, il passe ses soirées à la Maison citoyenne. Pour lui, dans les manifestations du samedi, « il faut que ça bouge ! » si on veut arriver à quelque chose et « faire tomber Macron ». Dans plusieurs scènes du film, il raconte avec jubilation sa participation aux échauffourées en première ligne. Et dit son impatience face à Patrick et Gaëtan qui entendent mener la lutte autrement.



L’équipe du film
Raymond Macherel
, réalisateur. UN MOMENT SANS RETOUR est son premier film documentaire pour le cinéma. Né à Paris, d’origine suisse et uruguayenne, Raymond Macherel a grandi dans une famille de parents ethnologues. Après des études à « Normale sup », il a été professeur de français pendant une dizaine d’années en Seine-Saint-Denis, parallèlement à une activité d’artiste photographe qui l’a conduit à exposer à la Maison européenne de la photographie. Puis il a travaillé quelque temps auprès de responsables politiques, participant notamment à la campagne présidentielle de 2012. En 2013, il décide de changer de voie et s’engage dans la distribution de films documentaires pour le cinéma. Il rencontre Gilles Perret et accompagne pendant un an la diffusion de son film Les Jours heureux. Suivront des collaborations avec des producteurs et distributeurs pour faire rayonner la sortie de films documentaires en salles, organiser et animer des centaines de ciné-débats dans une démarche d’éducation populaire. Parmi eux, Howard Zinn – Une histoire populaire américaine de Daniel Mermet et Olivier Azam (2015), Comme des lions de Françoise Davisse (2016) ou L’Époque de Matthieu Bareyre (2019).
Laure Budin, monteuse. Laure Budin est chef monteuse pour le cinéma et la télévision. Elle a commencé sa carrière comme assistante-monteuse sur le film Molière d’Ariane Mnouchkine, puis L’Ange de Patrick Bokanowski. Elle a été chef monteuse pour des longs-métrages de fiction et des documentaires comme Faro, la reine des eaux de Salif Traoré, Chant public devant deux chaises électriques d’Hélène Châtelain, Brésil, la guerre des enfants de Sandra Wernek, Résistances et Cette lumière n’est pas celle du soleil de Bertrand Favre, ou encore Jean Rouch, cinéaste africain d’Idrissa Diabaté. Elle est aussi monteuse son et a travaillé notamment sur Poker de Catherine Corsini, L’Œil qui ment de Raoul Ruiz, L’Envol et Un rêve solaire de Patrick Bokanowski, et très récemment sur Les Révoltés de Michel Andrieu et Jacques Kebadian sorti en salles en 2019.
L’association Doc Pop Films porte ce projet documentaire. L’association Doc Pop Films a été créée en mars 2020. Elle a pour objet la production d’œuvres audiovisuelles et la promotion de toute action culturelle et sociale liée à la diffusion de projets ayant pour champ l’audiovisuel et en particulier le cinéma documentaire. Elle s’inscrit dans une démarche d’éducation populaire, avec la conviction que le cinéma peut être une expérience commune vitale pour interroger et penser le monde.

Dossier de Presse
UN MOMENT SANS RETOUR
Un film de Raymond Macherel
Campagne de financement participatif dès le 9/09 sur http://www.KissKissBankBank.com

G COMME GREVE – des mineurs.

Grève ou crève. Jonathan Rescigno, 2020, 93 minutes.

1995, les mines ferment. Le charbon n’est plus rentable. Les mineurs perdent leur emploi et leur raison de vivre. Il ne leur reste plus qu’à se mettre en grève. Et à manifester.

Leurs manifestations sont dures, violentes, avec la force du désespoir. « Armés » de manches de pioche, ils affrontent les forces de l’ordre. Qui bien sûr répliquent à coup de grenades lacrymogènes.

Les images d’archives de ces luttes que nous propose le film de Jonathan Rescigno sont donc le plus souvent remplies d’une épaisse fumée blanche. Une fumée qui envahit souvent l’écran, même en dehors des manifestations. Le brouillard par exemple, ou les nuages. Ou des feux d’artifices. Des trainées, des volutes, qui peu à peu ou rapidement, recouvrent tout. Le visible devient quelque peu flou, obscurci même par les fumées blanches.

Ces images nous montrent des manifestations bien différentes de celles que nous connaissons aujourd’hui, surtout dans l’arsenal des armes dont dispose la police. Quoique déjà il y a des blessés côté manifestants, victimes essentiellement des tirs « tendus ». Mais ce qu’on pourrait appeler « la gestuelle » de la manifestation, est des plus classiques – ou du moins le deviendra. Jets de pierres contre jets de grenades. Et coups de pied dans les grenades qui atterrissent devant les manifestants pour retour à l’envoyeur. On voit pourtant peu de coups de matraque, les affrontements directs étant filmés derrière la première ligne de manifestants et non aux côtés de la police. Il n’en reste pas moins que la violence est bien présente et si nous assistons à un défilé pacifique -impressionnant la nuit avec les lampes frontales des mineurs qui nous éblouissent – il fait exception. Les mineurs partent littéralement à l’assaut de la police, au point que l’un d’eux – qui fabriquait alors des cocktails Molotov – reconnait après coup qu’il ne s’agissait plus de manifestation !

Ces images de manifestations violentes sont bien sûr particulièrement saisissantes et constituent un témoignage important sur les luttes ouvrières de l’époque. Mais le film de Jonathan Rescigno n’en reste pas à cette dimension historique. Son propos c’est ouvertement de mettre en perspective la grève des mineurs et leur lutte avec la situation actuelle des villes de l’est de la France, région industriellement sinistrée. Car bien sûr la vie à repris dans le bassin minier et si les plaies sont encore vives, la jeunesse est passée à autre chose.

Cette autre chose, c’est dans Grève ou crève, le sport et les loisirs, essentiellement. Le sport c’est la boxe, les loisirs c’est une fête foraine – avec ses manèges impressionnants, ses loteries et son tir à la carabine. Les deux sont filmés avec beaucoup de virtuosité, dans les combats du gala de boxe final par exemple. Rescigno ne filme pas le travail (est-ce qu’il y en a dans la région ?), mais s’attarde longuement dans les rues de la ville, filmées en plongées de nuit. Des rues totalement vides, sans passants, pas même une voiture…Et puis, souvent, ce brouillard envahissant, évoquant qu’on le veuille ou non la fumée des lacrimos, dont il est bien difficile de se débarrasser.

A COMME ABECEDAIRE – Bénédicte Pagnot.

Allemagne

J’ai huit ans. C’est la guerre

Ariège

Derrière les arbres

Bande dessinée

Avril 50

Brest

Avril 50

Famille

Mathilde ou ce qui nous lie

Grève

Avril 50

Guerre

J’ai huit ans. C’est la guerre

Histoire

Avril 50

Islam

Islam pour mémoire – Un voyage avec Abdelwahab Meddeb

Littérature

Islam pour mémoire – Un voyage avec Abdelwahab Meddeb

Marginalité

Derrière les arbres

Mère

Mathilde ou ce qui nous lie

Montagne

Derrière les arbres

Mort

Mathilde ou ce qui nous lie

Avril 50

Nazisme

J’ai huit ans. C’est la guerre

Poésie

Islam pour mémoire – Un voyage avec Abdelwahab Meddeb

Portrait

Islam pour mémoire – Un voyage avec Abdelwahab Meddeb

Mathilde ou ce qui nous lie

Derrière les arbres

J’ai huit ans. C’est la guerre

Ruralité

Derrière les arbres

Voyage

Islam pour mémoire – Un voyage avec Abdelwahab Meddeb

A COMME ABECEDAIRE – Hélène Milano.

Des rencontres avec des adolescentes et des adolescents -mais aussi des personnes du troisième âge – dans les banlieues ou des lycées professionnels. A l’écoute de leur parole, évoquant en toute simplicité leur vie, leurs problèmes, leurs espoirs et leurs rêves. Un cinéma de l’authenticité.

Adolescence

Dans la tête d’un zèbre

Les Charbons ardents

Les Roses noires

Rêve de Casaques

Amour

Les Charbons ardents

Nos amours de vieillesse

Banlieue

Les Roses noires

Cheval

Rêve de Casaques

Courses

Rêve de Casaques

Différence

Dans la tête d’un zèbre

Ecole

Rêve de Casaques

Exclusion

Dans la tête d’un zèbre

Les Roses noires

Femme

Les Roses noires

Homme

Les Charbons ardents

Jockey

Rêve de Casaques

Langage

Les Roses noires

Lycée professionnel

Les Charbons ardents

Masculin

Les Charbons ardents

Mort

Nos amours de vieillesse

Normandie

Rêve de Casaques

Portrait

Dans la tête d’un zèbre

Rêve

Rêve de Casaques

Vieillesse

Nos amours de vieillesse

A COMME ABECEDAIRE – Fabienne Le Houérou.

De l’Inde à l’Egypte…

Castes

Princes et Vagabonds

Coptes

4 et demi

Egypte

4 et demi

Hôtel du Nil – Les Voix du Darfour

Nomades et Pharaons

Exil

Les Sabots roses du bouddha – Femmes tibétaines de la diaspora en Inde

Hôtel du Nil – Les Voix du Darfour

Nomades et Pharaons

Femme

Les Sabots roses du bouddha – Femmes tibétaines de la diaspora en Inde

Immigration

Nomades et Pharaons

Inde

Princes et Vagabonds

Les Sabots roses du bouddha – Femmes tibétaines de la diaspora en Inde

Musique

Princes et Vagabonds

Mysticisme

Princes et Vagabonds

Nil

Hôtel du Nil – Les Voix du Darfour

Pauvreté

Princes et Vagabonds

Hôtel du Nil – Les Voix du Darfour

Réfugiés

4 et demi

Hôtel du Nil – Les Voix du Darfour

Nomades et Pharaons

Religion

4 et demi

Les Sabots roses du bouddha – Femmes tibétaines de la diaspora en Inde

Soudan

Hôtel du Nil – Les Voix du Darfour

Tibet

Les Sabots roses du bouddha – Femmes tibétaines de la diaspora en Inde

Travail

Hôtel du Nil – Les Voix du Darfour

N COMME NOIR ET BLANC – François Zabaleta.

L’impressionnisme black and white,

Lettre à Jean-Pierre Carrier

Par François Zabaleta

Mon cher Jean-Pierre,

Tu me demandes de jeter sur le papier quelques idées sur le choix du noir et blanc dans mon film documentaire Couteau suisse. Je vais essayer de te répondre le plus sincèrement possible, tout en te rappelant que l’esthétique d’une œuvre, cinématographique ou autre, ne procède pas d’un choix mûrement réfléchi, conscient, d’un raisonnement, mais au contraire d’une réaction animale, incompatible avec les exigences du logos, à la difficulté, souvent même à l’impossibilité d’être. 

Pour un cinéaste le choix du noir et blanc pour un film est tout sauf un choix. Ce n’est, d’ailleurs, contrairement aux idées reçues, pas plus un choix qu’une solution de facilité. Chez certains spectateurs le noir et blanc réactive la nostalgie d’un cinéma illustratif et passéiste qui m’a toujours semblé une pure hérésie. Le noir et blanc, loin de se conjuguer au passé, est devenu l’un des attributs d’un art poétique cinématographique pleinement contemporain, c’est-à-dire résolument lucide sur ses enjeux politiques. L’esthétisme est l’exact opposé de l’esthétique. L’esthétique, comme l’écrivait Sartre dans Situations, renvoie à une morale. L’esthétisme jamais, puisqu’il est précisément un renoncement à l’ascèse de l’esthétique.  Le noir et blanc n’a pas de beauté intrinsèque. Sa charge de pittoresque est son plus grand danger. Il n’est pas beau en soi, il est à la rigueur juste joli, c’est-à-dire décoratif, régressif, réactionnaire. Il n’est beau que s’il est vrai, nécessaire, urgent, capable de faire résonner les véritables enjeux d’une histoire, d’un sujet, d’un personnage. S’il s’agit d’une coquetterie, d’une boursoufflure passéiste, le noir et blanc agit alors comme un écran de fumée qui renvoie le cinéma au divertissement pascalien. Mais il y aussi un paradoxe pervers qu’il faut prendre en compte. Qu’il faut intégrer, sans hypocrisie, dans le tissu même de son travail de cinéaste. Le paradoxe qui veut que le refus de la posture artistique est, en soi, une posture artistique.

Le passé ne s’écrit pas en noir et blanc. Le noir et blanc doit agir comme un révélateur, et non comme un effet spécial, un accessoire magique destiné à arrondir les angles, à atténuer la violence ou l’ambiguïté des évènements passés, personnels ou non, qu’on se propose d’évoquer ou de raconter.

Quand j’ai commencé à travailler sur Couteau suisse j’avais écrit ce texte de présentation que je n’ai finalement pas utilisé. « Une histoire vraie n’est jamais aussi vraie que lorsqu’ elle est réinventée. Couteau suisse n’est ni un documentaire ni une fiction. Les personnages principaux de cette histoire ont existé, ils ont traversé ma vie, peut-être ai-je aussi, dans une moindre part, traverser la leur, mais ils n’ont pas existé sous la forme que je leur prête. Je n’ai pas menti. Je n’ai pas trahi. J’ai réécrit un brouillon de mémoire. Je lui ai donné une forme, une colonne vertébrale, une vérité émotionnelle, sensorielle, qu’il n’aurait pas eus si je m’étais contenté de la stricte vérité factuelle. La mémoire n’est souvent qu’une matière première qui a besoin d’une paire de ciseaux et d’un tube de colle pour se rendre intelligible. Il faut parfois savoir prendre des libertés avec la vérité du souvenir pour, pleinement, le retrouver dans sa fraîcheur d’origine. S’éloigner pour mieux se rapprocher, comme on dit en mathématiques, de sa valeur absolue, c’est là tout l’enjeu de ce genre cinématographique impur, hybride, la fiction documentaire »

Le noir et blanc. L’expression est impropre. En tant que tel le noir et blanc n’existe pas. Il n’y a pas de noir et blanc. Il y a des noirs et blancs. Parlons technique, veux-tu. On peut tourner directement en noir et blanc, c’est-à-dire choisir l’option noir et blanc sur le menu de sa caméra. On peut aussi tourner en couleur, en fichier brut (c’est-à-dire non compressé) et puis, ensuite, choisir un noir et blanc spécifique sur son logiciel de montage. On peut alors jouer sur la lumière, le contraste etc… Voici donc un inventaire à la Prévert, quelques appellations, quelques noirs et blancs possibles :

Monochrome Fuji ETERNA 250 D Kodak 2395

Monochrome Kodak 5205 Fuji 3510

Monochrome Kodak 5218 Kodak 2395

SL NOIR 1965

SL NOIR HDR

SL NOIR LDR

SL NOIR NOUVELLE

SL NOIR NOUVELLE RED

SL RED WAVE

SL NOIR TRI-X

Mais on peut aussi, très sommairement, se contenter de désaturer une image couleur. C’est un peu l’équivalent de la fonction automatique des appareils photos. Il s’agit alors d’un noir et blanc aléatoire, non choisi, sans relief. Mais qui peut aussi, parfois, procéder d’un choix esthétique.

Tout cela pour dire que le noir et blanc se conjugue l’infini, offrant au cinéaste une palette qui lui permet de trouver la nuance la plus cohérente, la plus adéquate.

Couteau suisse je le vois comme un film américain. C’est une histoire pourtant très française, qui se passe dans une ville moyenne française à la fin des années soixante-dix. Pourtant dès le début ça a été une évidence. Le noir et blanc très blanc, presque sans contraste, de la solarité funèbre de ces villes du centre de l’Amérique, écrasées par la chaleur, les ciels immenses, l’horizon comme un gouffre, l’ennui sans antidote, ces villes aux banlieues sans fin, aux pavillons accueillants, à la propreté anxiogène, alignés comme des tombeaux d’emmurés vivants. S’il m’est arrivé, pour certains films, (Escort boy, par exemple) de m’inspirer du noir et blanc nerveux, nocturne, sexuel, granuleux, grumeleux, du photographe japonais Daido Moriyama, j’ai choisi, pour Couteau suisse, de m’inspirer du noir et blanc neutre, non contrasté de certains grands photographes américains de paysages urbains middle class tels que Lewis Baltz, Robert Adams, John Schott ou Nicolas Dixon. La violence, la rage et le sadomasochisme de Couteau suisse vient de ma fascination pour le William Faulkner de Lumières d’août, du Bruit et la fureuret de Sanctuaire. Il m’a semblé, d’emblée, évident que ce noir et blanc si particulier, en apparence si anodin, si peu stylisé, était en réalité le seul susceptible de rendre intacte la tonalité vénéneuse de cette histoire aux personnages de tragédie grecque.

C’est un noir et blanc qui ne renvoie nullement au passé, à la mémoire, ni même à la mémoire du cinéma. Les noirs et blancs numériques n’ont rien de commun avec les noirs et blancs du cinéma argentique. Ils n’ont aucune charge nostalgique. Celui de Couteau suisse est un noir et blanc incantatoire, tout à fois froid et lyrique, implacable comme la hache d’un bourreau.

Chaque fragment de mémoire, chaque impression est une énergie. Et chaque parcelle d’énergie possède une musicalité, une colorimétrie qui lui est propre. Faire résonner, de l’intérieur, l’enfer de ma propre mélancolie ne pouvait, de mon point de vue, se concevoir qu’en noir et blanc.

A COMME ABECEDAIRE- Stéphanie Régnier.

Esclaves

Eaux noires

Femme

Kelly

Frère

Jacky Jay, chemin des jardins

Guyane

Eaux noires

Kelly

Handicap

Jacky Jay, chemin des jardins

Immigration

Kelly

Marais

Eaux noires

Marginalité

Nuit

Mémoire

Eaux noires

Kelly

Portrait

Kelly

Nuit

Jacky Jay, chemin des jardins

Religion

Eaux noires

Zébus

Eaux noires

N COMME NOIR ET BLANC – Filmographie.

Y a-t-il une esthétique particulière – revendiquée ou non par les cinéastes – dans les documentaires en noir et blanc ? Question quelque peu bateau à laquelle on ne peut certainement pas apporter une réponse unique, univoque. A partir d’un inventaire – très sélectif – de films dont on ne voit pas comment ils pourraient être en couleur, on essaiera de repérer non pas des constantes mais des directions communes. Le fait par exemple que beaucoup de films traitant des banlieues et de l’immigration ne sont pas en couleurs n’est certainement pas un hasard.  Et puis il y a des conventions, en premier lieu en ce qui concerne les films d’histoire ou à dimension historique – ou des contraintes matérielles dans les films qui sont des montages d’archives lorsque celles-ci sont anciennes. Mais il n’en reste pas moins que les images en noir et blanc – qui sont en elles-mêmes à l’opposé du réalisme puisque aucune vision du réel n’est sans couleurs – donne au film une tonalité bien spécifique pouvant aller de l’expression du désespoir à un enthousiasme créateur.

Notre sélection exclut les films d’avant 1930 – et les grands classiques, Flaherty, Vertov, Vigo, Ruttmann, Rouquier – les montages d’archives, les films de BD ou sur la BD, les films scientifiques et les courts métrages de commande ou de télévision.

17° parallèle, Joris Ivens et Marceline Loridan

Araya de Margot Benaceraf

Baka, Thierry Knauff

La Bataille du Chili, Patricio Guzmán

Couteau suisse, François Zabaleta

De cendres et de braises, Manon Ott

Les Eclats, Sylvain George

L’Enfant aveugle, Johan van der Keuken

Être là, Régis Sauder

Grands soirs, petits matins, William Klein

Histoire d’A, Charles Belmont et Marielle Issartel

Histoire de la nuit, Clemens Klopfenstein

Le Joli mai, Chris Marker et Pierre Lhomme

Licu, Ana Dumitrescu

Near Death, Frederic Wiseman

N’entre pas sans violence dans la nuit, Sylvain George

Patricio Guzmán, une histoire chilienne, Catalina Villar

Paris est une fête Un film en 18 vagues Sylvain George

Le Masque, Johan van der Keuken

Middle of the Moment, Nicolas Humbert, Werner Penzel

Le Mystère Picasso, Georges-Henri Clouzot

Les Révoltés, Michel Andrieu, Jacques Kebadian

San Clemente, Raymond Depardon

Le Sang des bêtes, Georges Franju

Si j’avais 4 dromadaires, Chris Marker

Step across the border, Nicolas Humbert et Werner Penzel

Les Statues meurent aussi, Chris Marker et Alain Resnais

Le Temps, Johan van der Keuken

Le Temps de la lumière, Ana Dumitrescu

Titicut Follies, Frederic Wiseman

La trilogie de l’Île-aux-Coudres (Pour la suite du monde, Le Règne du jour, Les Voitures d’eau) de Pierre Perrault

Trio, Ana Dumitrescu

Ulysse, Agnès Varda

Un jeudi sur deux, François Zabaleta

Une poste à la Courneuve, Dominique Cabrera

Vers Madrid – The Burning Bright – (Un film d’in/actualités), Sylvain George.

What you gonna do when the world’s on fire, Roberto Minervini

Note : Nous avons volontairement limité la mention des films de Frederic Wiseman à deux films. Le lecteur complètera facilement la liste par lui-même.

P COMME PALAIS DE TOKYO.

Pour votre confort et votre sécurité. Frédéric Mainçon, 2020, 59 minutes.

Filmer un musée. La vie d’un musée. Tous les aspects de cette vie. Parce qu’un musée est vivant. Grâce à ceux qui y travaille. Beaucoup plus que par les œuvres qui y sont exposées. Même si ces œuvres sont contemporaines, réalisées par les artistes vivants, mais qui ne sont plus nécessairement là, sur place, dans le musée, avec leurs œuvres, qu’ils abandonnent donc aux visiteurs, ou à ceux qui sont là tous les jours, qui ne font pas que passer, les gardiens de musée.

Dans le « genre » film de musée, il y a deux grandes références, très différentes l’une de l’autre, mais auxquelles on ne peut pas ne pas penser quand un cinéaste se propose de filmer un de ces lieux de l’art. Wiseman et la National Gallery à Londres et Philibert et sa Ville Louvre. Ce dernier ayant l’originalité de nous montrer en quelque sorte l’envers du décor, tous ceux qui travaillent pour que le musée soit visitable, pour que le public puisse rencontrer des œuvres. Mais ces œuvres, justement, ce n’est pas le propos du film de nous les montrer, contrairement à Wiseman qui lui n’hésite pas à filmer des tableaux plein cadre et de suivre des guides qui en parlent, et des spectateurs qui les admirent.

Au Palais de Tokyo, Frédéric Mainçon nous propose une approche bien à lui, en se centrant sur les membres du service de sécurité, ces personnels qui accueillent les visiteurs pour les fouiller et qui les surveillent, sans en avoir l’air, dans chaque salle.

Et des salles dans le Palais de Tokyo, à Paris, ce haut lieu de l’art contemporaine, il y en a à profusion, de quoi se perdre dans ces espaces presque infinis. Ces gardiens nous les entendons en voix off, et nous les apercevons dans les salles (mais jamais ils ne s’adressent à la caméra) faire leur travail, c’est-à-dire essentiellement être là, et intervenir en cas de besoin, en particulier si un visiteur ne peut pas résister à l’envie de toucher une œuvre. Une envie que l’on peut parfaitement comprendre dans bien des cas, alors qu’il ne viendrait jamais à l’esprit de qui que ce soit d’essayer de toucher la Joconde. De toute façon elle est parfaitement inaccessible.

Que nous disent ces travailleurs du musée ? Ils nous parlent de leur métier bien sûr, de leur mission, « surveiller et protéger ». Ils nous parlent aussi de l’art, de ces œuvres qu’ils sont chargés de surveiller et protéger donc, cet art contemporain que certains – et ils sont plus nombreux qu’on ne pense, même au Palais de Tokyo – sont plutôt réticents à le considérer comme de l’art. Mais surtout, ils nous parlent d’eux.

La particularité du service de sécurité au Palais de Tokyo, c’est que ses membres sont presque tous originaires d’Afrique. D’où leurs propos sur la relation des noirs et des non- noirs (dans les bureaux nous dit l’un d’eux, il n’y a que des blancs), non pas précisément en termes de racisme – ce qui n’est pourtant pas totalement absent – mais plutôt en termes de stéréotypes ou de fantasmes. Les noirs ne sont-ils pas particulièrement adaptés à ces métiers de sécurité, puisqu’ils sont tous particulièrement forts ? Et puis ce qu’on leur demande ici, c’est « d’être bêtes et disciplinés », dans un travail où il ne faut surtout pas qu’ils prennent des initiatives. Respecter le règlement, voilà ce qu’on leur demande, un point c’est tout. Et le film devient ainsi à travers ces propos, une approche de la situation des travailleurs immigrés (selon la terminologie courante), même si nous ne sommes pas dans une usine ou dans un service de nettoyage.

Mais travailler dans un musée – ou un centre d’art contemporain – c’est côtoyer l’art quotidiennement, c’est avoir avec les œuvres exposées un rapport, un contact, particulier, qu’aucun visiteur ne peut avoir. Et c’est bien ce que nous dit un de ces « surveillants ». Une revanche en quelque sorte, par rapport à la dévalorisation de son travail.

Le film nous fait entendre ces propos en nous promenant dans les salles du Palais de Tokyo, au milieu des visiteurs (il y a même dans une séquence des enfants qui s’amusent bien en courant dans tous les sens), sans jamais avoir l’air de s’arrêter sur une œuvre particulière, mais en nous donnant l’occasion quand même, par le seul fait de circuler dans les salles, de les appréhender. Car l’ensemble du film – sauf deux courtes séquences – est réalisé au ralenti. Comme si le réalisateur voulait nous donner le temps de regarder, et peut-être de contempler – ce qui est là exposé, installé pour être regardé, ou peut-être même contemplé. Ce filmage nous donne donc l’impression d’être tout simplement un de ces visiteurs que nous croisons, de déambuler, en piétinant souvent, sans se presser, dans ces espaces dévolus à l’art contemporain. Car bien évidemment une visite au Palais de Tokyo, ça n’a rien à voir avec une visite au Louvre par exemple, surtout si elle est effectuée en courant (sacré Godard) !

États généraux du film documentaire 2020, sur Tënk.

A COMME ABECEDAIRE – Chantal Briet.

Accidents domestiques

Vers un terrain sûr

Adolescence

L’Année des lucioles

Un enfant tout de suite

Parlez-moi d’amour

Amour

Parlez-moi d’amour

Apprentissage

J’habite le français

Art

L’Année des lucioles

Alzheimer

J’ai quelque chose à vous dire – Le temps du diagnostic – Chez soi – Deux jours par semaine

Banlieue

Alimentation générale

Vers un terrain sûr

Printemps à la source

Commerce

Alimentation générale

Printemps à la source

Enfants

Vers un terrain sûr

Un enfant tout de suite

Enseignement

L’Année des lucioles

J’habite le français

Etudiants

L’Année des lucioles

Famille

Un enfant tout de suite

Femme

Un enfant tout de suite

Fils

Des huîtres et du champagne

Gens du voyage

Vers un terrain sûr

Immigration

J’habite le français

Alimentation générale

Inch Allah

Intégration

J’habite le français

Langue

J’habite le français

Maison de retraite

Des huîtres et du champagne

Maladie

J’ai quelque chose à vous dire – Le temps du diagnostic – Chez soi – Deux jours par semaine

Maternité

Un enfant tout de suite

Portrait

Alimentation générale

Roubaix

Inch Allah

Témoignages

J’ai quelque chose à vous dire – Le temps du diagnostic – Chez soi – Deux jours par semaine

Vieillesse

Des huîtres et du champagne

B COMME BONHEUR – des pauvres.

L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres. Manuela Frésil, 2020, 59 minutes.

 Connaissez-vous Bessèges ? Une petite ville du Gard, comme il y en a sans doute beaucoup dans le sud de la France. On dirait un village plutôt, même si c’est quand même un gros village. Mais c’est surtout une ville qui se meurt. On ne compte plus dans le film de Manuela Frésil les plans sur les magasins fermés, les boutiques au rideau de fer baissé, définitivement sans doute. Des plans fixes. Parfois une ou deux personnes traversent le champ. Sans un regard vers la boutique. Sans regarder non plus la cinéaste qui filme. Une image de la solitude.

A Bassèges, il n’y a guère de distraction. Le passage du Tour de France quand même, que la cinéaste expédie en deux plans (un pour la caravane publicitaire, l’autre sur la file des coureurs). Elle s’attarde plus pour filmer le carnaval, le défilé des chars, les Miss qui saluent le public (un geste bien mécanique, sans entrain). Il y a quand même du monde aux terrasses des bistrots. Et le soir les villageois (plutôt âgés) dansent en faisant comme s’ils s’amusaient. Mais en dehors de ces événements exceptionnels, n’est-ce pas l’ennui qui domine. Un ennui bien réel chez cette vieille femme, assise à proximité d’un carrefour (le seul peut-être de la ville) et qui compte les voitures à l’aide d’un petit compteur à main sur lequel elle appuie méticuleusement. Ainsi elle peut dire si la circulation augmente …

De quoi vivent les habitants de Bessèges ?

Le film n’est pas une enquête sociologique. Plutôt de chercher à rencontrer un panel des habitants, la cinéaste va se concentrer sur un petit groupe de marginaux, qu’on pourrait dire déclassés. En tout cas ils ne travaillent pas. Ils habitent dans des lieux quelque peu délabrés. Seraient-ils ces pauvres dont parle le titre du film ?

Tout au long du film, on va suivre leurs occupations. Jouer aux échecs ; cueillir des fleurs d’acacia pour faire des beignets, ramasser des châtaignes pour les vendre. Faire un barbecue au bord de la rivière. Et ainsi de suite. Il ne se passe pas grand-chose de plus dans le film. Un film lent. Presque vide. Rempli de rien.

Sauf que ce petit groupe de personnage a une âme. Et donne une âme à la vie du village.

D’abord la cinéaste prend comme personnage central un homme particulièrement attachant, Alec. Dans les premiers plans du film on l’écoute chanter devant le supermarché du coin en s’accompagnant à la guitare. Un artiste ! Dont les chansons (on en découvrira d’autres dans la suite du film) sont originales.  Un artiste doublé d’un ingénieur qui s’ignore, un créateur capable de construire des mécanismes étonnants avec une roue de bicyclette et quelques tuyaux. C’est qu’il s’est mis dans la tête de construire une fontaine. Il dessine les plans. Fait des essais. Ne réussit pas du premier coup. Mais persévère jusqu’à ce qu’il puisse installer son « œuvre » près de la rivière. Une rivière où d’ailleurs ses amis, les membres de sa « tribu » comme il dit, font eux aussi œuvre artistique en accumulant des rochers, en érigeant des statues ou des sculptures avec et en les peignant de couleurs vives. On n’est pas loin de Tinguely et de Niki de Saint Phalle.

Les membres de cette tribu sont-ils heureux ? Aucune plainte, aucune revendication dans leurs propos. Ils ne parlent jamais d’argent. Comme s’ils n’en avaient pas besoin. Ils vivent en parfaite harmonie avec eux-mêmes. Mais il serait trop facile de dire qu’ils ont trouvé le vrai bonheur. En fait, le film ne répond pas à la question. Il ne s’agit surtout pas pour la cinéaste de proposer une théorie. Le bonheur, sans doute chacun peut le trouver en lui-même, ce qui est une idée bien banale. Mais dans le film il paraît évident qu’Alec en a trouver un petit brin.

N COMME NUITS DE GALA.

Une nuit à l’Opéra. Sergueï Loznitsa, France, 2020, 19 minutes.

On savait Loznitza maître dans l’art du montage d’archives, avec ces réussites exemplaires que sont Revue (2008) ou Le Siège (2005) concernant le siège de Léningrad pendant la deuxième guerre mondiale. On en a ici une nouvelle illustration, dans un registre beaucoup plus léger, mais tout aussi chargé de significations.

Le titre du film est quelque peu trompeur. Non seulement le film n’a rien à voir avec les Marx Brothers, mais en plus il ne nous montre pas une seule nuit, mais opère une synthèse des différentes archives disponibles et courant visiblement sur plusieurs années. Et c’est bien sûr beaucoup plus intéressant. Car non seulement on a ainsi accès à l’esprit d’une époque – les trente glorieuses avec son déploiement de luxe et de faste – mais cinématographiquement parlant, l’art du montage peut aussi nous proposer une véritable dramaturgie, de l’attente de l’événement, jusqu’à sa clôture avec l’apothéose du feu d’artifice.

Après le pré-générique montrant la haie d’honneur des gardes républicains sabre au clair, nous nous retrouvons place de l’Opéra au milieu de la foule des badauds venus assister de loin à la cérémonie, en espérant entre-apercevoir une ou deux vedettes et les personnalités de l’époque. Car nous sommes dans les années 50-60, sous le pouvoir gaulliste, et qui semblent dominer par une insouciance générale.

Puis c’est le ballet des voitures, avec leur escorte motorisée pour les officiels. Et la montée des marches du palais Garnier. Le film peut alors très bien servir à une sorte de blind test : quels sont les artistes, les écrivains, les hommes politiques, etc, que nous reconnaissons et ceux dont l’image est aujourd’hui totalement tombée dans l’oubli ? Toujours est-il que nous avons affaire à un déluge de manteaux de fourrure et de robes longues, de médaille sur les poitrines des militaires et de couronnes sur quelques têtes royales ou princières. Tout ce que Paris, la France et même le monde, contient de célébrités défile devant nous, sourire aux lèvres pour les dames. Les puissants du monde – les gouvernants, les hommes de pouvoir – se permettent quelques petits gestes de la main en direction du public. Mais c’est Brigitte Bardot qui triomphe sans conteste à l’applaudimètre.

Quelques scènes, plus ou moins insistantes dans leur répétition, sont autant de clins d’œil humoristiques dans le sérieux ambiant. Par exemple ce moment, en haut des escaliers, où des « petits rats de l’opéra », offrent d’énormes bouquets de fleurs – certains les dépassant en taille – aux dames du jour qui s’empressent de s’en débarrasser en les faisant passer derrière elles.

Et puis il y a tous ces plans avec le Général De Gaulle, alors Président de ka République.  De Gaulle avec des lunettes et sans lunettes, accompagné d’un Président africain ou asiatique, d’une tête couronnée ou d’un militaire en grande tenue. Il monte inlassablement les escaliers et semble ne jamais arriver en haut. On en viendrait presque à penser que décidément ces soirées ne sont pas de tout repos.

Il y a quand même un grand moment de sérieux – et de plaisir – dans le film, c’est l’interprétation de l’air de Rosine par Maria Callas sur la scène d’une de ces soirées. Son triomphe est assourdissant, mais le cinéaste a le bon goût de ne pas nous montrer le public, pour rester sur les saluts si modestes de la diva.

Le brio de Loznitsa – un art parfaitement maîtrisé du choix des archives et de leur organisation filmique – nous permet d’apprécier ce qu’on peut appeler la magie des archives. Avec elles, nous saisissons ce qu’une époque a pu avoir de factice et de superficiel. Un tel film serait-il réalisable avec les images d’aujourd’hui. Certainement pas, bien que de telles manifestations d’auto-glorification du pouvoir existent encore. Mais à force de les banaliser à la télévision, on peut parier que cela ne passionnerait plus le grand public et qu’il n’y aurait guère d’intérêt d’en faire un film.

D COMME DRAG QUEENS.

Mother’s. Hyppolyte Leibovici, Belgique, 2019, 22 minutes.

Ils-Elles ont nom Maman, Mademoiselle Boop, Loulou Velvet, Kimi. Nous les rencontrons dans la loge de leur cabaret, lors de la séquence de maquillage d’avant spectacle. Un maquillage qui se doit précis, minutieux, méticuleux avant d’exploser de mille couleurs dans une composition qui est une véritable transformation. Des visages donc filmés en gros plans, dans des jeux de miroirs étonnants. Un moment de vie commune, joyeuse, truculente même (comme la chanson entonnée en chœur) et où le champagne délie les langues et fait pétiller les yeux.

C’est Maman qui parle le plus. Son pseudo dit bien la place qu’elle occupe dans le groupe. C’est bien sûr la plus âgée, la plus expérimentée, celle qui a tout vécu et qui est bien dans son rôle de protectrice des jeunettes. Celles dont les paroles peuvent être des sentences définitives : « si tu veux être heureux-se, tu dois être toi ». Mais il ne s’agit nullement de cacher la difficulté du coming out. Kimi par exemple n’a pas encore dit à sa mère son état de Drag Queen. Pour Maman, il est pourtant absolument nécessaire de franchir le pas.

La relation avec leur mère respective devient ainsi le centre des échanges. Quel et le rôle d’une mère ? Et une mère aime-t-elle, toujours et nécessairement, son enfant. Et cet amour résiste-t-il aux évolutions de la vie ? Assurément il n’est pas facile d’accepter que sa progéniture soit une Drag Queen. L’amour maternel peut-il résister à cette remise en cause radicale des conventions ?

Dans la dernière partie du film, nous sommes conviés à un court – trop court – extrait de leur spectacle. Le film se termine sur ce plan magnifique d’une reconstitution de la Cène, un dernier repas ou un repas de noce, une référence picturale assurément, un tableau vivant donc, mais aussi l’art photographique inspirant le cinéma, un jeu de poses animé pourtant, la beauté de l’image et la vérité du spectacle.

États généraux du film documentaire 2020 sur Tënk.

A COMME ABECEDAIRE – Cécile Allegra

Des films qui s’apparentent au reportage mais sont surtout des enquêtes, méticuleuses, pour dénoncer le crime et les violences.

Crime

Libye, anatomie d’un crime

Italie et Mafia, un pacte sanglant

Drogue

La Brigade, section anti-narcotiques de Naples

Egypte

Voyage en barbarie

Energie

Électricité, le montant de la facture

Enfance

Une enfance au travail : en Europe aussi

Esclavage

Voyage en barbarie

Guerre

Libye, anatomie d’un crime

Haïti

Haïti, la blessure de l’âme

Italie

Italie et Mafia, un pacte sanglant

La Brigade, section anti-narcotiques de Naples

Justice

Italie et Mafia, un pacte sanglant

Libye

Libye, anatomie d’un crime

Mafia

Italie et Mafia, un pacte sanglant

La Brigade, section anti-narcotiques de Naples

Pauvreté

Électricité, le montant de la facture

Une enfance au travail : en Europe aussi

Police

La Brigade, section anti-narcotiques de Naples

Psychiatrie

Haïti, la blessure de l’âme

Stress post-traumatique

Haïti, la blessure de l’âme

Torture

Voyage en barbarie

Travail

Une enfance au travail : en Europe aussi

Tremblement de terre

Haïti, la blessure de l’âme

Viol

Libye, anatomie d’un crime

Violence

Libye, anatomie d’un crime

Voyage en barbarie

A COMME ABECEDAIRE – Manuela Frésil

Abattoir

Entrée du personnel

Administration

Les Nuits de la préfecture

Agriculture

Si loin des bêtes

Amitié

L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres

Animaux

Entrée du personnel

Si loin des bêtes

Bonheur

L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres

Enfance

Le Bon Grain et l’Ivraie

Pour de vrai

Elevage

Si loin des bêtes

Exil

Les Nuits de la préfecture

Intégration

Le Bon Grain et l’Ivraie

Jeu

Pour de vrai

Migration

Le Bon Grain et l’Ivraie

Les Nuits de la préfecture

Musique

L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres

Pauvreté

L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres

Poupée

Pour de vrai

Rue

Le Bon Grain et l’Ivraie

Ruralité

Si loin des bêtes

Notre campagne

Souffrance

Entrée du personnel

Travail

Entrée du personnel

Village

Notre campagne

Ville

L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres