F comme Festivals internationaux 2. (Europe)

Festivals en Europe (hors France) où le documentaire est particulièrement présent (Sélection)

  • Tempo Documentary Festival, Stockholm, Suède
  • Dokfilm, Volda, Norvège
  • DocPoint – Festival du film documentaire, Helsinki, Finlande
  • Festival international du film documentaire,  Copenhague, Danemark
  • Amsterdam International Documentary Film Festival, Pays-Bas
  • Documentary Film Festival Flahertiana, Perm, Russie
  • Moscow International Documentary Film Festival DOKer, Moscou, Russie
  • Festival du film documentaire, Vilnius, LituanieWorld Film Festival, Tartu, Estonia
  • CRONOGRAF Festival, Chisinau, Moldavie
  • NIHRFF – Nuremberg International Human Rights Film Festival, Nuremberg, Allemagne
  • DokumentART – European Film Festival for Documentaries, Neubrandenburg, Allemagne
  • Dokumentarfilmwoche, Hambourg, Allemagne
  • Festival international du film documentaire et du film d’animation, Leipzig, Allemagne
  • OxDox, Oxford, Angleterre
  • Document International Human Rights Documentary Film Festival, Glasgow, Écosse
  • Input Film Festival, Hilversum, Pays-bas
  • Festival International du Film de Santé – ImagéSanté, Liège, Belgique
  • Visions du Réel, Nyon, Suisse
  • Ethnocineca , Vienne, Autriche
  • Watch Docs – Human Rights in Film, Varsovie, Pologne
  • Gdansk DocFilm Festival, Gdansk, Pologne
  • One World Romania: Human Rights Film Festival, Bucarest, Roumanie
  • Budapest International Documentary Festival, Budapest, Hongrie
  • Belgrade Documentary and Short Film Festival, Belgrade, Serbie
  • Pravo Ljudski Film Festival, Sarajevo, Bosnie
  • Madrid International Documentary film festival, Espagne
  • DocsBarcelona, Barcelone, Espagne
  • MiradasDoc, Festival international de cinéma documentaire, Guía De Isora, Espagne.
  •  Play-doc Tui, Espagne
  • Cinestral, Documentary Film Festival, Valence, Espagne
  • Doclisboa, Lisbonne, Portugal
  • Thessaloniki Documentary Film Festival, Grèce

Pour les festivals en France voir  dicodoc.wordpress.com/2016/02/09/f-comme-festival/

F COMME FESTIVALS (internationaux)

Dans le monde entier (en dehors de la France)…des festivals consacrés exclusivement au film documentaire

                                   Première liste (à suivre)

Visions du Réel, Nyon (Suisse, avril)

Taiwan International Documentary Festival  (Taiwan, mai)

Festival international du film documentaire de Munich (Allemagne juin)

Hot Springs Documentary film festival (Etats-Unis, Octobre)

American Documentary Film Festival, Palm Springs (Etats-Unis, avril)

E Trudo Verdade / It’s all true. Internationnal Documentary Film  Festival, Sao Paulo (Brésil, avril)

Play-doc, Tui (Espagne, avril)

Art of the Real, Lincoln Center, New York (Etats Unis, avril)

Dokumentarfilmwoche, Hamburg (Allemagne, avril)

Sheffield Doc/Fest  (Angleterre, juin)

Open City Documentary Festival (Londres, juin)

Festival du film documentaire de Saint-Louis du Sénégal (Sénégal, décembre)

Dokufest, International documentary and short film festival in Prizren (Kosovo, Août)

Hotdocs Canadian  international, documentary festival Toronto (Canada, avril)

DocsBarcelona, International Documentary Film Festival  (Espagne, Mai)

DocsBarcelona Medellín (Colombie, Juillet)

Festival DocsBarcelona Valparaíso ( Chili, novembre)

YIDFF – Yamagata International Documentary Film Festival (Japon)

Documentary Edge Film Festival, Wellington (New Zealand)

Antenna Documentary Film Festival, Sydney (Australie, octobre)

Melbourne Documentary Film Festival (Australie, juillet)

Encounters South African International Documentary Film Festival, Cape Town (South Africa, mai)

Muestra Internacional Documental de Bogotá (Colombie, Novembre)

 

 

 

 

 

 

 

H COMME HANDICAP (amour)

Quand j’étais papillon, film de Adrien Charmot et Jenny Saastomoinen.

Un joli titre. Poétique. Un peu énigmatique. Mais qui prend du sens au fur et à mesure du déroulement du film. D’abord par la référence à l’institution « Les papillons blancs » comme lieu de tournage. Mais est-ce suffisant ? On peut aussi évoquer l’expression – que personne n’utilise dans le film – « des Papillons dans le ventre » pour désigner la situation amoureuse. Et chaque spectateur peut faire ses propres associations sur les papillons. Un titre ouvert donc. Et l’emploi de la première personne du singulier nous éloigne de toute perspective didactique, médicale ou théorique.

Un sujet difficile. Il n’est jamais évident de filmer le handicap mental. Un handicap dérangeant, chargé dans le passé de tant de connotations négatives – idiotie, débilité, simple d’esprit, demeuré…Ont-elles disparu aujourd’hui ? Peut-on vraiment s’en défaire ? Le cinéma ne court-il pas le risque de transformer peu ou prou le spectateur en voyeur ? La centration sur l’amour et la sexualité – sujet tabou s’il en est, comme cela et dit et redit dans le film – redouble inévitablement le malaise. Les handicapés mentaux peuvent-ils avoir une vie amoureuse et une vie sexuelle ? Comme tout le monde ? Une vie normale en somme. Le film fait le choix de rester dans le cadre d’une institution, ce qui a pour résultat de laisser les personnes handicapés « entre elles », de les enfermer en quelque sorte dans le handicap. Et le film de poser en creux une grande question : l’amour peut-il vaincre le handicap ?

Un dispositif filmique enfin. Simple – du moins en apparence- mais efficace. Les personnes handicapées font face à la caméra. Elles sont debout. Sur fond noir. Elles répondent à des questions venant de derrière la caméra. Oui, elles aspirent toutes à connaître l’amour, à avoir une vie sexuelle, autant que l’institution puisse le permettre. Une revendication qui n’est pas une révolte. Le dispositif ne les pousse pas à crier. Mais leur demande n’en est que plus pressante. Et c’est en couple qu’ils se présentent alors à la caméra. Pour officialiser en quelque sorte leur rencontre, leur liaison. La vie en couple : le sens même de leur existence.

A consulter, le site de L’oeil lucide  http://www.loeillucide.com/

O COMME OCCUPATION

Voir le film sur Tënk

Palazzo delle Aquile, film de Stefano Savona , Alessia Porto , Ester Sparatore
France, Italie, 2011. Grand Prix Cinéma du réel, 2011.

De très grandes pièces, particulièrement hautes de plafond. Des pièces d’un palais historique qui deviennent des aires de jeu étonnantes pour les enfants, même si elles n’ont pas été prévues pour ça. Elles n’ont pas non plus été prévues pour servir d’habitation, et pourtant, pendant un mois, 18 familles d’abord – auxquelles vont se joindre bien d’autres mal-logées de la ville – vont y vivre jour et nuit. Pour forcer ma municipalité de Palerme à résoudre leur problème de logement, ces familles « sans logis » vont en effet occuper le Palazzo delle Aquile, siège de la mairie de la ville. Et elles sont bien résolues à ne le quitter que pour aménager dans de véritables maisons !

La caméra des cinéastes va elle aussi séjourner pendant un mois dans ce palais, n’en sortant que pour une rapide séquence dans la cathédrale à l’occasion d’une fête religieuse – occasion de voir le maire de la ville s’agenouiller à même le sol – et pour attendre devant la préfecture les résultats de la négociation qui tente de débloquer la situation. Une immersion totale, jour et nuit. La nuit chacun essaie de s’arranger le mieux possible pour dormir, sur un banc, une chaise ou sur le sol. Au matin, c’est le partage des croissants pour le petit déj’. Les repas d’ailleurs semblent toujours poser problème, et les accusations de voler la part des enfants sont particulièrement fréquentes. C’est que vivre en groupe dans un tel lieu n’est pas toujours simple. Et les querelles, les engueulades même, sont fréquentes. Pour des raisons matérielles bien sûr. Mais aussi, de façon plus politique, sur la poursuite du mouvement et surtout sur sa résolution.

Le film nous offre donc dans cet espace clos une vision contrastée de la vie en commun dans ce sud de l’Italie où les problèmes économiques – qui ne sont pourtant pas évoqués explicitement – se concrétisent dans les difficultés que rencontrent les familles pour se loger. Il nous offre aussi une vision sans concession de la classe politique locale. Le film s’ouvre sur la séance du conseil qui a lieu « en présence » des occupants. Dès qu’ils applaudissent une intervention d’un membre de l’opposition municipale qui exprime son soutien, le président menace de les expulser. « Nous ne sommes pas au théâtre », dit-il sans rire et sans penser que sa formule peut avoir au moins un double sens. Une deuxième séance du conseil se déroulera à la fin du film, lorsqu’une solution semble avoir été trouvée. Une séance silencieuse cette fois, du moins du côté des familles dont la dite solution reste en travers de la gorge de beaucoup d’entre elles. Il faut savoir terminer une occupation, semble être le mot de la fin. Les familles quittent le Palazzo delle Aquile, avec leurs sacs et leurs baluchons. Leur action a-t-elle permis de faire progresser la résolution des problèmes de logement dans la ville ? Rien n’est moins sûr.

Voir le film sur Tënk http://www.tenk.fr/fragments-dune-oeuvre/palazzo-delle-aquile.html

D COMME DANSE (Millepied)

Relève : histoire d’une création, un film de Thierry Demaizière et Alban Teurlai

Ce film peut être perçu comme la suite de celui que Frederick Wiseman a consacré au ballet de l’opéra de Paris (La danse, le ballet de l’opéra de Paris, 2009 ). Et précisément, il se situe au moment où Benjamin Millepied vient d’être nommé directeur de la danse à l’opéra de Paris, succédant à Brigitte Lefèvre qui occupait ce poste du temps du film de Wiseman. Changement de direction : rupture ou continuité ? Qu’est-ce qui change – ou peut changer ? Dans l’institution. Mais aussi qu’est-ce qui peut être identique – ou différent – dans la façon de filmer la danse et les danseurs ?

En fait le film consacré à Benjamin Millepied montre assez peu sa façon de diriger le corps de ballet de l’opéra. Il se centre beaucoup plus sur son travail de chorégraphe, puisque, comme son titre l’indique, le film suit pas à pas la création de son premier ballet à l’opéra Garnier, “Clear, Loud, Bright, Forward”, ballet qui sera le seul que Millepied montera en tant que directeur de la danse puisqu’au moment où nous voyons le film – et le carton final le précise – nous savons qu’il a démissionné de son poste de directeur, et ce, quatre mois après sa nomination. Nous pouvons alors voir le film en essayant de comprendre le pourquoi d’une si brusque décision. Et donc de comparer les modes de management des deux directions successives. Dans le film de Wiseman, Brigitte Lefèvre est très présente, même si le cinéaste ne centre pas explicitement son regard sur elle. Nous la voyons partout dans l’opéra, en réunion beaucoup ou recevant des journalistes ou des associations étrangères amies. Elle traite des problèmes financiers ou de personnel. Mais comme toujours chez Wiseman, ke cinéaste ne donne pas une analyse de son rôle et de la façon dont elle remplit sa mission. Il laisse le spectateur construire sa propre vision de la façon de diriger une telle institution. Le film de  Thierry Demaizière et Alban Teurlai  prend beaucoup plus explicitement position. Benjamin Millepied évoque ce qu’il a l’intention de faire évoluer. Il critique la structure pyramidale du corps de ballet, la rivalité instaurée entre les danseurs selon leur place dans la hiérarchie. Une hiérarchie trop pesante, véritable obstacle selon lui à la création. Est-ce cela qui le poussa à la démission ? Le film n’évoque pas les moyens que ce jeune directeur pense mettre en œuvre pour bousculer ce fonctionnement traditionnel de la maison. Il esquive quasiment le problème, même s’il esquisse un film dans le film, non plus un film sur la danse, mais un film sur un corps de ballet, prestigieux, mais qui peut aussi connaître des crises.

Benjamin Millepied est d’abord un danseur et un chorégraphe et le reste en prenant place dans le fauteuil de directeur. C’est là que réside l’originalité du film qui lui est consacré. Un film qui plonge dans l’aventure de la création. Depuis le moment où Benjamin reçoit la partition de la musique sur laquelle il composera son œuvre, jusqu’à la représentation de la première. Une véritable course contre le temps, que le film amplifie d’ailleurs en affichant systématiquement le compte à rebours, en passant par les innombrables répétitions, la création du décor et des costumes, la mise en place de l’orchestre… Le film n’ignore aucun des aspects qui interviennent dans la réalisation du spectacle. Un souci d’exhaustivité qui n’est pas sans rappeler Wiseman.

Mais le film de  Thierry Demaizière et Alban Teurlai est aussi le portrait d’un artiste. C’est l’acte même de création qui nous est montré, filmé au plus près. Nous entrons dans l’intimité du chorégraphe. Certes, il le montre aussi parcourant tous les étages du palais Garnier, et la façon dont son assistante passe son temps au téléphone pour essayer de le trouver, ici ou là, donne au film une touche d’humour assez subtile.       Il le montre aussi en discussion avec les accessoiristes, ou les créateurs des costumes ou avec le chef d’orchestre. Mais c’est véritablement dans son rapport avec les danseurs lors des répétitions que se situe le point fort du film. Un rapport fait de confiance. Millepied encourage sans cesse ses danseurs, les félicite pour leur travail même lorsqu’il leur fait reprendre un mouvement qu’ils viennent d’exécuter. Le film le montre soucieux de la bonne santé de chacun et lorsqu’une danseuse lui parle de sa douleur au pied, c’est lui qui commence un massage. Bref, si la tension monte au fur et à mesure que la date de la première approche, la création du ballet se fait dans l’ensemble dans une atmosphère plutôt détendue, presque bon-enfant. Il y a là sans doute un effet voulu par les réalisateurs du film. L’incipit montrait d’ailleurs la salle comble lors de la première en présence du Président de la république. Le suspens qu’essaie de créer la construction du film est un peu factice. Il n’y a pas de doute à avoir. Dès le début on sait que le ballet ne peut qu’être un triomphe.

Reste que le film réussit à nous faire savourer le spectacle de la danse. Essentiellement d’ailleurs dans l’utilisation de gros plans dans les mouvements d’ensemble en particulier, en focalisant notre regard sur les jambes des danseurs. La caméra nous montre leur art comme aucun spectateur dans la salle ne peut le voir. Même si cette vision reste fugace. Le film n’est pas une captation du spectacle. Mais comme celui de Wiseman, ou aussi celui de Wim Wenders sur Pina Bausch, il contribue à nous faire aimer la danse.

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B COMME BOIS (Vincennes)

Le bois dont les rêves sont faits, film de Claire Simon

Le bois de Vincennes. On devrait dire peut-être plutôt la forêt de Vincennes. Vu son immensité. Et c’est bien l’impression que donne le film de Claire Simon. Un bois immense. Où l’on peut se perdre. Où on peut perdre ses repères. Ses repères de Parisien s’entend. Où donc on peut quitter la ville. L’oublier. Totalement. Et retrouver la nature. Ou du moins partir à sa recherche. Dans la cime des arbres. Surtout. Dans les bosquets, les buissons aussi. Où l’on peut de cacher. Etre caché. Loin de la furie de la ville. Même si parfois on est rattrapé par le bruit. Celui des avions du 14 juillet qui passent en rase-motte. Celui de la foule de ceux pour qui le bois est un lieu de promenade, surtout le week-end lorsqu’il fait beau. Un goût de vacances. Mais le bois est si vaste, si varié dans sa configuration, que l’on peut facilement s’isoler si on le souhaite. Retrouver une solitude salutaire. Même si ceux qui vivent dans la solitude ne l’on pas toujours librement choisie.

Claire Simon connaît bien le bois de Vincennes, qu’elle a dû parcourir de nombreuses fois avant même de se lancer dans le projet du film. Et lorsqu’elle l’explore caméra à l’épaule, elle devient immédiatement notre guide. De façon toute naturelle. Ce qui donne tout de suite un ton d’authenticité à ses commentaires. Des commentaires très personnels, avec des échappées poétiques. Des commentaires qui ne refusent pas un certain lyrisme. Qui le recherchent même parfois. Claire Simon connaît bien le bois. Son bois. Et elle aime s’y plonger. Elle aime suivre des transformations qu’impose le cycle des saisons. Et surtout, elle aime partir à la rencontre de ceux qui le fréquentent. Ses « habitants ». Car le bois est habité. Pas seulement par les oiseaux, les insectes ou autres animaux. C’est dire qu’il a une âme. Une âme multicolore. Polyphonique. Plurielle. Multiculturelle. Car le bois de Vincennes filmé par Claire Simon, c’est le bois de la diversité. Tout le contraire des parcs parisiens, où le dimanche matin, tout le monde court dans le même sens, au même rythme, avec la même tenue.

         Si Claire Simon aime le bois de Vincennes c’est aussi parce qu’elle aime y rencontrer toute sorte de gens, parler avec eux, leur poser des questions, dévoiler de la sorte un pan de leur vie. Il y a bien sûr des anonymes, ceux qui profitent du soleil dès le printemps, et qui envahissent les espaces verts. Ceux-là ne retiennent pas vraiment l’attention de la cinéaste. Elle préfère plutôt rencontrer des groupes constitués et pour qui le bois fait quasiment partie de leur communauté. Les cambodgiens par exemple, qui fêtent leur nouvel an. Ils sont venus en France pour fuir la terreur Khmer rouge. Des africains aussi qui grillent sur le charbon de bois poissons et poulet. Mais il y a surtout les solitaires. Ceux qu’il est beaucoup plus difficile de rencontrer et dont le contact est loin d’être immédiat. Mais Claire Simon est visiblement patiente. Et surtout ouverte à toutes les rencontres. Alors, cet homme – peut-on le qualifier de SDF ? – veut bien lui dévoiler la cabane qu’il habite dans un recoin bien caché du bois. Et même un voyeur exhibitionniste  n’a pas refusé la présence de la caméra.

Après la gare du nord, Claire Simon poursuit avec le bois de Vincennes son exploration des lieux parisiens qui peuvent avoir une dimension emblématique. Mais ne nous y trompons pas. Il ne s’agit pas d’un cinéma « parisien », ni d’un cinéma qu’on pourrait dire coloré de parisianisme. Car les rêves que peut susciter ce lieu bien réel ont tous les saveurs de l’universalité.

F COMME FLUX (MIGRATOIRES)

La mécanique des flux, film de Nathalie Loubeyre

Nous savons bien ce qui pousse les africains – comme les américains du sud ou du centre vis-à-vis des Etats Unis – à tenter de gagner l’Europe : la guerre et la misère, la présence continue de la mort sous les bombes ou par la maladie et la faim ; les conflits interminables et l’absence d’avenir et d’espoir. Nous savons aussi que les pays européens frontaliers  – comme les Etats Unis de leur côté – s’efforcent de transformer les frontières en barrières ou même en murs. Comme si le seul traitement possible de la question de l’immigration était de fermer les frontières, d’empêcher les migrants de pénétrer dans cet espace qui représente pour eux le salut, ou de les rejeter de l’autre côté si, d’aventure, certains réussissent à franchir tous les obstacles. Une mécanique toute simple en somme : aux forces qui veulent franchir la frontière il s’agit d’opposer des forces – plus fortes – qui leur résistent et même les détruisent purement et simplement.

Le film de Nathalie Loubeyre nous montre ce jeu de forces, des deux côtés de la ligne frontière de l’Europe. En Croatie d’abord, puis en Grèce. Il nous montre les policiers qui patrouillent dans les champs de maïs à la recherche de traces de souliers sur le sol qui indiqueraient un lieu de passage. Il nous montre ces images réalisées la nuit avec des caméras thermiques filmant de petits groupes ou l’on reconnait des silhouettes de femmes et d’enfants. Ils sont littéralement visés par la caméra qui évoque inévitablement une arme. Un jour, il y aura sans doute quelqu’un pour appuyer sur la gâchette.

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